Comme le printemps est arrivé sortons si vous le voulez bien pour aller nous aérer aux Tuileries. En partant du
Louvre on passe à sa droite, on passe à sa gauche, ou on lui passe dessous mais en fin de compte est ce qu'on fait attention à lui ? Je veux parler bien sûr de l'arc de triomphe du
Carrousel.
Je me demande toujours ce que penserais l'empereur Napoléon Ier qui fit construire ce monument entre 1806 et 1808
par les architectes Percier et Fontaine, de sa transformation en lieu touristique. Dans son esprit, l'arc de triomphe était là pour marquer l'entrée du château des Tuileries. Ce monument à la
gloire des armées impériales s'inspire nettement de l'antiquité romaine, Napoléon voulait placer son règne dans la continuité des empires romains et carolingiens. On y lit ainsi "L'armée
Française embarquée à Boulogne menaçait l'Angleterre. Une troisième coalition éclate sur le continent. Les Français volent de l'océan au Danube. La Bavière est délivrée, l'armée Autrichienne
prisonnière à Ulm. Napoléon entre dans Vienne, il triomphe à Austerlitz. En moins de cent jours la coalition est dissoute." Remarquons que dans sa propagande Napoléon esquive habilement
l'échec de sa tentative d'invasion de l'Angleterre en mettant en avant la victoire d'Austerlitz.
Il est vrai qu'avant cette exposition je n'avais jamais entendu parler de la princesse Marie d'Orléans, fille de
Louis-Philippe (lui, par contre je connaissais).
C'est dans le cadre de l'année 2008 qui met en valeur les femmes artistes et mécènes que le musée du Louvre nous fait découvrir cette personnalité hors du commun.
Marie d'Orléans (1813 - 1839) est le troisième enfant du roi Louis Philippe d'Orléans et de Marie Amélie de Bourbon Sicile. En 1832 sa soeur ainée, Louise, épouse Léopold Ier roi des Belges, cette séparation est vécue douloureusement par Marie. Pour "compenser" elle se consacre avec passion au dessin et à la sculpture. Elle épouse en octobre 1837 le duc Alexandre de Wurtemberg. En janvier 1838 un incendie se déclare la nuit dans leur maison, Marie s'enfuit en déshabillé, cette fuite dans la nuit glacée détériore sa santé déjà fragile. Elle meurt en janvier 1839 à l'âge de 26 ans.
L'exposition nous apprends que Marie d'Orléans reçut une très bonne éducation artistique. Encouragée par le peintre Ary Sheffer (1795 -1858) elle peint et sculpte. A partir de 1832 elle prend son inspiration dans les sujets historiques et notamment la vie de Jeanne d'Arc. Elle réalise une statue de la sainte en armure, dans l'attitude de la prière, qui connaît un succès considérable. On peut d'ailleurs voir un tableau de Sheffer représentant la famille royale s'arrêtant devant la statue de Jeanne d'Arc réalisée par leur fille exposée dans la galerie historique du château de Versailles, cette scène est empreinte de tristesse car elle se déroule après le décès de la princesse.
L'exposition qui recrée l'univers de Marie d'Orléans, nous offre son portrait en duchesse de Wurtemberg par Franz
Xaver Winterhalter (une reprise de 1845), certaines de ces oeuvres : un buste de Louise d'Orléans et une statue dite de l'Ange à la porte du ciel.
A la fin de l'exposition est reconstitué le décor du salon de Marie, des fauteuils, des tabourets, un prie-dieu, un paravent à son chiffre, son service à thé et à café et une de ses oeuvre les
plus célèbre un bronze représentant Jeanne d'Arc pleurant à la vue d'un anglais blessé. L'affiche de l'exposition est un tableau de Prosper Lafaye représentant le
salon de la princesse Marie d'Orléans aux Tuileries.
J'ai enfin relevé ces vers que le poète Alfred de Vigny consacra à la princesse artiste quelques années après sa mort :
Fuyant des lourds palais l'antique oisiveté
S'en va dans l'atelier chercher la vérité
Et là, créant en rêve une forme idéale
Entre'ouvre un marbre pur de sa main virginale
pour en faire sortir la vie et la beauté."
(Alfred de Vigny - le 13 juillet Stances - juillet 1843)
Vous pouvez aller visiter cette exposition jusqu'au 21 juillet 2008 à l'entresol de l'aile Richelieu.
Il y bien longtemps que je ne vous avais parlé des antiquités égyptiennes, aujourd'hui nous allons donc saluer la seule momie qui soit exposée au Louvre. Elle est un peu cachée, puisque quand on sort de la crypte d'Osiris, il faut revenir sur ses pas pour la trouver. Il s'agit d'une momie d'homme relativement récente puisque elle date du 3e ou 2e siècle avant JC, l'époque des Ptolémées, c'est à dire de la dynastie fondée par un général d'Alexandre le Grand. On voit à ses côtés les vases dits "canopes" qui contenaient les viscères retirés lors de l'embaumement, selon la tradition ils allaient par quatre chacun a l'effigie de l'un des fils du dieu Horus.
Ce que je remarque quand je passe à proximité de cette momie, c'est la
fascination qu'elle exerce sur les enfants, il suffit de tendre l'oreille pour entendre les commentaires du genre : "trop cool !" ou "Y'a vraiment quelqu'un là dedans
?".
Pourquoi les égyptiens momifiaient ils leurs défunts ? Ils considéraient que l'être vivant était constitué d'un support matériel, le corps, auquel étaient liés le "ba" qui correspond à peu près à l'âme et le "ka" qui est le double ou l'énergie vitale. La mort était la séparation de ces éléments. Pour que la deuxième vie puisse commencer il fallait à nouveaux les réunir, donc préserver le corps par la momification. La technique consistait à extraire les viscères, plonger le corps dans du natron, une solution saline, pour le dessécher, le nettoyer, l'oindre de baumes et procéder au bandelettage. Bien sûr il y avait différentes catégories de momifications en fonction du prix payé par la famille, l'exemplaire que nous voyons au Louvre relève du "haut de gamme", mais pour la majorité des gens seule la dernière catégorie était accessible : un lavage du corps, la dessiccation par le natron et une tombe sommaire, quant aux plus pauvres ils n'étaient même pas momifiés.
Quand je dis qu'il n'y a qu'une seule momie au Louvre, il y a aussi une autre momie humaine, plus impressionnante, car sans ses bandelettes, dans les collections de l'Égypte Romaine. Vous ne pouvez pas la voir actuellement car les salles sont fermées pour travaux. Il y a aussi dans un recoin un peu sombre et poussiéreux toute une vitrine avec des momie d'animaux : chats, ibis, crocodiles ce qui s'explique par le culte rendu à certains animaux assimilés aux dieux. Cette tradition s'est poursuivie en Égypte sous les dominations Grecques et Romaine et même au début de l'ère chrétienne.
Je finis par quelques anecdotes à propos de l'une des momies les plus célèbre au monde, celle du Pharaon Ramses II. Lors de son arrivée au musée du Caire en 1881, l'administration égyptienne qui ne disposait pas d'une rubrique "momie" dans sa nomenclature l'avait enregistrée sous l'appellation de "poisson séché". Inversement quand elle fut envoyée en France en 1977 pour recevoir des soins au centre nucléaire de Saclay, elle fut reçue comme un chef d'état avec un détachement de la Garde Républicaine pour rendre les honneurs à ce souverain mort depuis plus de 3.200 ans. Enfin dernier avatar de sa longue histoire, l'épisode de ses cheveux proposés à la vente sur un site Internet en novembre 2006.
