Au rez-de-chaussée de l’aile Sully, dans la salle des Caryatides, vous pouvez admirer « l’Aphrodite de Cnide ». Cette statue de la déesse de l’amour est une copie romaine de l'œuvre du grand sculpteur Grec Praxitèle du IVe siècle avant J.-C. A son époque Praxitèle fit sensation en représentant la déesse entièrement nue dans une attitude à la fois sensuelle et pudique. Les habitants de Cos pour qui la statue était destinée furent scandalisés et la refusèrent. Ce sont ceux de Cnide, une autre ville de Grèce, qui apprécièrent sa beauté au point de la reproduire sur leurs monnaies.
Aphrodite, appelée aussi Vénus par les Romains, a comme tous les dieux et déesses sa part de légende. On raconte qu’elle fut la dernière venue des douze divinités de l’Olympe, elle était la plus belle et suscitait l’admiration des dieux et la jalousie des déesses. Elle pouvait accorder le don d’aimer ou d’être aimé et provoqua l’une plus grande guerre de l’antiquité, voulez vous que je vous conte cette légende ?
Un jour le prince de Troie, Pâris, vit arriver trois déesses Athéna, Héra et Aphrodite accompagnées d’Hermès, le messager des dieux, et voici ce qu’elles racontèrent. Au cours d’un banquet la déesse de la discorde avait lancé une pomme d’or sur laquelle était inscrit « A la plus belle », toutes les déesses se disputèrent ce titre mais les dieux ne voulurent pas trancher, Zeus, le roi des dieux, suggéra de les soumettre au jugement de Pâris. Au début celui-ci, effrayé, voulut s’enfuir mais Hermès réussit à le convaincre que ce serait une gloire de départager ces divinités. Chacune essaya de plaider sa cause en lui faisant les plus belles promesses, Héra lui offrit la puissance et l’empire d’Asie, Athéna la sagesse et la victoire au combat, quant à Aphrodite elle lui promit l’amour d’Hélène de Sparte. Pâris décida alors qu’Aphrodite était la plus belle.
C’est là que la légende s’emboîte dans une autre légende, celle d’Hélène la plus belle femme de Grèce. Quant elle fut en âge de se marier son père, Tyndare, ne vit pas arriver un, mais quatre vingt dix neuf prétendants. Il fut bien embarrassé, comment choisir ? L’un était beau, l’autre était noble, un autre était riche et puis si il en désignait un, les autres jaloux ne risquaient ils pas de devenir violents, de lui déclarer la guerre ? Ce fut Ulysse le roi d’Ithaque, pas très riche mais intelligent et rusé qui trouva la solution. Il conseilla à Tyndare de faire jurer aux prétendants de respecter le choix d’Hélène et de porter secours à l’élu au cas ou sa femme lui serait disputée. Chacun jura et Hélène choisit Ménélas, le roi de Sparte. Pendant dix ans Hélène et Ménélas vécurent heureux à Sparte.
Un jour il virent arriver le beau Pâris accompagné d’un faste tout oriental, celui-ci resta quelque temps à Sparte. Or le grand père de Ménélas mourut, Ménélas partit assister aux funérailles laissant Pâris et Hélène seuls. Ce qui devait arriver arriva, Pâris en profita pour séduire Hélène et l’emmena à Troie, Aphrodite avait tenu sa promesse !
De retour à Sparte Ménélas, furieux, envoya des ambassades dans toutes les villes de Grèce pour rappeler aux prétendants leur promesse. Dix ans après la plupart s’étaient mariés et avaient un peu oublié le temps où ils courtisaient Hélène, mais un serment étant sacré ils durent se résigner à rassembler des contingents pour la grande expédition contre Troie.
J’arrête ici mon récit, sachez que, selon Homère, Troie fut prise après un siège de dix ans et Pâris tué au combat, quant à Hélène elle obtint le pardon de Ménélas. Et Aphrodite ? Eh bien elle est aujourd’hui au Louvre et ne sollicite plus le jugement de Pâris mais les flashes des touristes.
Comme rédacteur de « Louvre-passion » je ne pouvais pas manquer la sortie du film « Da Vinci code », qui a été tourné en partie au musée du Louvre en juillet 2005. Je vais donc m’essayer au métier de critique de cinéma.

Pour celles et ceux qui, ces derniers temps, auraient vécu retirés dans le désert où au pôle sud je résume brièvement l’intrigue du film et du livre.
Le professeur Robert Langdon, un spécialiste américain de l'étude des symboles, est appelé une nuit au Louvre par la police, le conservateur du musée a été assassiné, mais avant de mourir, il a laissé de mystérieux symboles. Avec l'aide de la cryptologue Sophie Neveu, Langdon va mener l'enquête et découvrir des signes dissimulés dans les oeuvres de Léonard de Vinci. L’enquête s’oriente alors vers une organisation religieuse qui cherche à dissimuler un secret concernant la vie de Jésus.
A propos de ce livre et du film j’ai toujours été un peu perplexe devant la polémique qui avait accompagné la sortie du livre, reprise d’ailleurs par le « plan marketing » du film à propos des « secrets qui remettent en cause les fondements mêmes de l'humanité... ».
C’est oublier un peu vite qu’une bonne partie de l’humanité n’est pas vraiment concernée par de supposés secrets sur la vie de Jésus : les chinois, les japonais, les hindouistes, les bouddhistes, les musulmans… Quant au fameux secret il est un peu tiré par les cheveux (Jésus aurait eu des enfants avec Marie-Madeleine et leurs descendants se seraient installés en France …. ah bon ???).
En fait ce qui est intéressant c’est le succès rencontré par ce livre (pour le film il est un peu tôt pour le mesurer), ce qui m’avait étonné c’était le nombre de gens qui le lisaient dans le métro. A mon avis on peut le rapprocher du succès des « Harry Potter ». Sans doute avons-nous besoin de mystère, de fantastique, de mythes dans notre monde incertain et sans repères et les belles histoires font toujours recettes.
En conclusion je prends ce film et ce livre pour ce qu’ils sont réellement : une bonne fiction et peut être, pour vous qui me lisez, une incitation à découvrir ou redécouvrir le musée du Louvre.
En lien avec le film la station de métro "Concorde" a été habillée pendant quelques jours d'un "pelliculage publicitaire", aux couleurs du Da Vinci Code, le carrelage blanc étant recouvert de rouge sombre. Pour en savoir plus allez voir ce site.

Par delà les siècles deux reines égyptiennes restent dans nos mémoires : Cléopâtre et Néfertiti. Cette dernière dont le nom signifie « la belle est venue » a régné avec le pharaon Akhénaton, celui qui voulut imposer un dieu unique aux Egyptiens. Le Louvre consacre d’ailleurs une salle entière à ce couple royal (salle 25 du circuit chronologique).
Aux alentours de 1364 avant Jésus Christ, le nouveau roi, Aménophis IV, entre en conflit avec le puissant clergé d’Amon, il veut substituer un nouveau culte à la religion traditionnelle. Le dieu qu’il vénère est Aton, représenté sous la forme d’un soleil dont les rayons se terminent par des mains. Pour mieux imposer sa volonté, le pharaon change son nom d’Aménophis « Amon est satisfait » en Akhénaton « Celui qui est agréable à Aton » et quitte Thèbes pour fonder une nouvelle capitale : Akhet-Aton «la cité de l’horizon du disque solaire », je rappelle que les noms des pharaons symbolisaient le programmes politique du souverain. De cette période nous savons qu’elle fut troublée et qu’il y eut des luttes entre partisans et adversaires du dieu Aton. A la mort d’Akhénaton, il y eut un retour à la tradition, sous l’influence de l’ancien clergé qui avait vu son influence diminuer et du peuple qui restait attaché à ses traditions.

Louvre - Département des Antiquités égyptiennes
Sur ce règne les avis son partagés, Akhénaton était selon certains historiens et romanciers un mystique, un révolutionnaire exalté, voire le précurseur de Moïse. Pour d’autres il était aussi un manipulateur politique désireux d’éliminer un clergé devenu trop riche et trop puissant.
Quant à Néfertiti elle nous fascine par sa beauté, (allez voir son le célèbre buste du musée de Berlin) et par le rôle qu’elle joua auprès d’Akénaton. Quelle fut son influence, difficile de le dire ? Fut elle l’inspiratrice de cette réforme religieuse ? Partageait elle avec son mari une dévotion pour Aton ? Ou bien a-t-elle simplement suivi les idées de celui qu’elle aimait ? Ce que nous savons c’est qu’un lien très fort unissait les époux, en témoigne le nombre de représentations de Néfertiti. A cette époque l’art égyptien se transforme et se libère, la représentation officielle et religieuse est supplantée par des scènes plus intimes. Le Pharaon ne se fait pas représenter en majesté ou écrasant ses ennemis, mais en famille jouant avec ses filles, où bien tenant la main de Néfertiti.
Outre les historiens ce couple royal a inspiré de nombreux écrivains, j’en citerais deux : Jacques Sadoul avec « La-Belle-est-venue » : A la suite d’un accident qui provoque une expérience post comatique, Julien explore ses vies antérieures et découvre qu’il a été Merytrê l’amie d’enfance de Néfertiti. Autre auteur, Jean-Claude Blanchard, qui a écrit « Il m’a appelé Adméo » et nous prépare « Adméo et Néfertiti », voyez son site.
Aujourd’hui la plupart des visiteurs qui se dirigent vers l’aile Denon ne savent pas (ou plus) que Dominique Vivant Denon fut le premier directeur du musée du Louvre. Par honnêteté j’avoue tout de suite que cet article est inspirée de la belle biographie romancée de Philippe Solers « Le cavalier du Louvre » que je viens de relire.

Dominique Vivant Denon est né en Bourgogne en 1747, durant sa jeunesse il mène une vie d’artiste et de diplomate, écrit un conte libertin intitulé « Point de lendemain » et entre à l’académie de peinture. Pendant la Terreur il se réfugie à Venise. Mais sa vraie carrière commence en 1798 avec la campagne d’Egypte. Je rappelle que Bonaparte avait eu l’idée d’emmener 167 savants chargés de découvrir l’Egypte et préparer une future colonisation. Proche de Joséphine de Beauharnais (la femme de Bonaparte), Denon réussit à se faire inscrire sur la liste des savants. Pendant l’expédition il accompagne le général Desaix et dessine tout ce qu’il voit, les batailles mais surtout les monuments et les hiéroglyphes que l’on ne sait pas encore déchiffrer, Champollion n’a que huit ans. C’est une sorte d’exploit pour un homme âgé selon les critères de l’époque (il a 51 ans !), courageux il n’hésite pas à faire le coup de feu entre deux dessins.
De retour en France il publie en 1802 « Le voyage dans la Basse et la Haute Egypte » accompagné d’une dédicace flatteuse à Bonaparte : « Joindre l’éclat de votre nom à la splendeur des monuments d’Egypte, c’est rattacher les fastes glorieux de notre siècle aux temps fabuleux de l’histoire ; c’est réchauffer les cendres des Sesostris et des Mendès, comme vous conquérants, comme vous bienfaiteurs… ».

par Pierre-Paul PRUD'HON - Aile Sully 2e étage
Le succès est immédiat, il y aura plus de vingt éditions et le livre est traduit un peu partout en Europe. Cet ouvrage va ouvrit la voie à « l’égyptomanie » et faire connaître la civilisation égyptienne, il sera une première base de travail pour les égyptologues.
Denon, désormais célèbre, proche de Bonaparte est nommé directeur général des musées le 28 Brumaire an XI (19 novembre 1802). Outre le Louvre il dirige le musée des monuments Français, le musée de l’école Française de Versailles, les monnaies et médailles, la manufacture de Sèvres. De 1802 à 1814 il va sillonner l’Europe avec la « Grande Armée » pour saisir des œuvres d’art destinée au « Musée Napoléon » (le nouveau nom du Louvre), les soldats le surnomment d’ailleurs « l’huissier priseur de l’Europe ». C’est aussi lui qui fait évacuer le Louvre de tous ses occupants indésirables qui « squattaient » les lieux depuis le début du XVIIIe siècle (et peut être le couloir des poules…). Pour Napoléon l’art est un moyen de propagande et le Louvre une vitrine de la politique impériale, c’est d’ailleurs lui qui décide que le public doit accéder librement aux collections (les samedis et dimanches de 14h à 16h à vrai dire).
A la restauration Denon tente de s’opposer à la restitution de la majeure partie de œuvres raflées par les Français, une partie d’entre elles resteront quand même au Louvre grâce à des échanges et des rachats. En 1815 Denon quitte son cher musée rebaptisé « Musée Royal » et commence une retraite de collectionneur dans son appartement du quai Voltaire face au Louvre.
