Hors du Louvre

Vendredi 7 mars 2014 5 07 /03 /Mars /2014 00:05

Il mesure 23 mètres de haut, pèse près de 230 tonnes et c’est le plus vieux monument de Paris. C’est l’obélisque de la place de la Concorde qui est tellement bien intégré dans le paysage parisien qu’on ne le remarque même plus dans les embouteillages.

Comment ce monument érigé devant le temple de Louxor par le Pharaon Ramsès II il y a plus de trois mille deux cent ans est-il arrivé en France ? Qui a décidé ce transfert ? Comment l’obélisque a-t-il été démonté puis remonté ? Telles sont les questions auxquelles répond cette exposition du musée de la Marine, que je remercie au passage pour la mise à dispositions des visuels qui ont servi à illustrer cet article.

Avant toute chose, vous vous demandez sans doute pourquoi une exposition « Egyptologique » est-elle organisée par ce musée ?

affiche obélisque

Affiche de l’exposition – conception graphique : olotropp

Apprenez avec moi, car je l’ignorais auparavant, que toute cette opération fut réalisée par la Marine. En effet il fallait un navire pour transporter l’obélisque des rives du Nil à celles de la Seine et la Marine avait aussi les ingénieurs capables de mettre au point les délicates opérations de démontage et remontage.

Dans l’Egypte antique, les obélisques symbolisaient des rayons de soleil pétrifiés, un point de contact entre le monde des dieux et celui des humains. A partir du nouvel empire les Pharaons les érigent par paires à l’entrée des temples et y font graver leurs exploits et leurs hommages aux dieux. Que raconte notre obélisque ? A vrai dire pas grand-chose. C’est un panégyrique général à la gloire de Ramsès II qui règne de1279 à 1213 avant notre ère, sans aucun renseignement historique. Sur les quatre faces le même motif, en haut le Pharaon à genoux offre du vin au dieu Amon en dessous trois colonnes verticales de hiéroglyphes. Dans la colonne centrale, il assure qu’il a approvisionné la demeure d’Amon. Dans les colonnes latérales il fait savoir que les chefs des pays étrangers sont à ses pieds et que tous les peuples lui sont soumis.
Comment je sais tout ça ? Eh bien je n’ai pas le grand savoir de notre estimé rédacteur du blog « EgyptoMusée », mais j’ai lu l’excellent ouvrage de Robert Solé « 
Le grand voyage de l’obélisque » paru en 2004 dans lequel on trouve la traduction de l’égyptologue Bernadette Menu.

louxor obélisque

Façade du temple de Louxor, vers 1800, aquarelle. François-Charles Cécile (1766-1840). © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Les frères Chuzeville

Mais revenons à notre histoire. Tout commence au début du XIXe siècle, en France le souvenir de l’expédition d’Egypte de 1798 est très présent même si les Anglais furent finalement vainqueurs et saisirent toutes les pièces archéologiques comme « prise de guerre ». En 1822 les Français prennent une revanche pacifique quand Jean-François Champollion annonce qu’il a percé le secret des hiéroglyphes.

En 1829 le vice-roi d’Egypte Mohammed Ali aspire à l’indépendance, il a besoin de l’appui des puissances européennes dans son combat contre le sultan ottoman. Pour lui les vestiges antiques sont soit des matériaux de construction soit des outils politiques. Il propose à la France et à l’Angleterre de leur céder ce qu’il appelle les « aiguilles de Cléopâtre » situées près d’Alexandrie, ce qu’il formule ainsi : « Je n’ai rien fait pour la France que la France n’ait fait pour moi. Si je lui donne les débris d’une vieille civilisation, c’est en échange de la civilisation nouvelle dont elle a jeté les germes en Orient. Puisse l’obélisque de Thèbes arriver heureusement à Paris et servir éternellement de lien entre ces deux villes ».

vice roiMéhémet-Ali, vice-roi d’Égypte (1769-1849), huile sur toile, 1840. Louis Charles Auguste Couder (1789-1873). © RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Gérard Blot

Le gouvernement du roi Charles X s’empresse d’accepter cette proposition par calcul politique afin de rehausser le prestige du régime. C’est la Marine qui est chargée de l’opération et le parlement vote un crédit pour la construction d’un navire de transport, le « Luxor ». La révolution de 1830 ne change rien car le nouveau régime reprend le projet à son compte.

Ce que nous avons du mal à imaginer c’est que ce « projet fou » fut presque entièrement réalisé sans aucune machine, le démontage et le halage de l’obélisque en Egypte se firent à la force des bras ce fut la même chose pour son érection place de la Concorde. La seule machine utilisée fut un bateau à vapeur, le « Sphinx », qui servit à remorquer le « Luxor ». Ce n’était pas le premier navire à vapeur mais le premier à fonctionner correctement. Construit à Rochefort en 1829, cette corvette, c’est-à-dire un petit bâtiment de guerre destiné à des missions de transport, pouvait atteindre une vitesse de 7 noeuds (environ 13km/h).

Toute cette expédition fut conduite par quatre hommes : Appollinaire Lebas, un polytechnicien, ingénieur du génie maritime qui fut chargé des opération d’abattage, de chargement, de déchargement et de réédification de l’obélisque. Le commandant du Luxor, Raymond de Verninac Saint-Maur et son second Léon de Joannis qui fut l’illustrateur de la mission. Enfin le chirurgien major Justin Pascal Angelin qui protégea les membres de l’expédition d’une épidémie de choléra et de la dysentrie. Il constitua avec Joannis une collection de spécimen destinés au musée d’histoire naturelle.

L’exposition nous raconte cette aventure qui s’étale sur près de sept ans, entre 1829 et 1836. Deux ans entre la promesse de don de l’obélisque par l’Egypte et le départ du Luxor de Toulon, entre temps il fallu faire construire le navire. Deux ans de séjour en Egypte pour démonter l'obélisque mais aussi attendre la crue du Nil.

démontage obélisque

Élévation et plan de l’appareil d'abattage et d'érection de l'obélisque, Jean-Baptiste Apollinaire Le Bas, 1831 © Musée national de la Marine/A. Fux

Enfin près de trois ans s’écoulent entre l’arrivée en France et l’érection de l’obélisque. A l’arrivée de ce monument à Paris, un débat s’ouvre sur son emplacement. Champollion voulait le placer dans la cour carrée du Louvre mais il est mort en 1832. Louis-Philippe et son gouvernement imposent le choix de la place de la Concorde. Aménagée en 1748 ce lieu est alors chargé du mauvais souvenir des exécutions de la Révolution, plus de mille personnes y ont été décapitées dont Louis XVI, Marie-Antoinette, la comtesse du Barry, Lavoisier, Danton, Robespierre, Saint-Just. Pour Louis-Philippe le motif pour lequel l’obélisque mérite cet emplacement « C’est qu’il ne rappelle aucun évènement politique et qu’il est sûr d’y rester, tandis que vous pourriez y voir quelque jour un monument expiatoire ou une statue de la liberté».

C’est finalement le 25 octobre 1836 que l’obélisque est érigé place de la Concorde devant une foule de plus de 200.000 personnes. Le levage se fait par un ensemble de cables actionnés par 350 artilleurs, l’ingénieur Lebas qui dirige l’opération avec un porte-voix se place sous le monument car il ne veut pas survivre en cas d’échec. A midi, quand le succès semble assuré le roi Louis-Philippe apparaît au balcon de l’hôtel de la marine, à 14h30 l’obélisque repose sur son piédestal, il est coiffé d’un drapeau tricolore hissé par quatre marins et le roi donne le signal des applaudissements.

montage obélisqueÉrection de l'Obélisque de Louqsor, 25 octobre 1836, détails, aquarelle. Cayrac, 1837 MnM 15 OA 5 D Dépôt du musée du Louvre © Musée national de la Marine/P. Dantec

Trois ans plus tard les inscriptions commémoratives sont gravées à l'or fin sur le piédestal et en 1937 l'obélisque est classé monument historique. En 1998 il est recouvert d’un pyramidion doré à l’occasion de la visite du Président Moubarak, sur la suggestion de l'égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt.

Exposition Le voyage de l’obélisque au musée de la Marine, jusqu’au 6 juillet 2014

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Vendredi 7 février 2014 5 07 /02 /Fév /2014 00:05

Lors de ma redécouverte du musée Carnavalet dont je vous parlais la semaine dernière, mon regard fut attiré par ce portrait. Qui était cette belle jeune femme dont le regard semble se perdre dans le lointain ? Le cartel m’indiqua qu’il s’agissait de Fortunée Hamelin, peinte par Andrea Appiani en 1796, une des « Merveilleuses » du Directoire. En contemplant ce portrait peint il y a 218 ans j'ai eu envie de savoir ce que fut la vie de Fortunée durant cette période troublée.

Madame Hamelin A l’été 1794, la première république sort de la « Terreur », une dictature imposée par le Comité de salut public et Robespierre. Ce dernier a été renversé par une majorité de députés de la Convention et envoyé à l’échafaud. Les Français veulent alors se libérer de cette période de peur et d’oppression, on assiste à une frénésie de plaisirs. Les bals, les spectacles et les restaurants se multiplient et profitent à une caste qui s’est enrichie de trafics plus ou moins douteux. En novembre 1794 le journal « Le messager du soir » écrit : « Les grâces et les ris (*) que la Terreur avait mis en fuite sont de retour à Paris, nos jolies femmes en perruques blondes sont adorables; les concerts, tant publics que de société sont délicieux… ».
(*) Les rires en vieux Français

En réaction à l’égalitarisme vestimentaire des sans-culottes, des modes extravagantes se répandent parmi la jeunesse dorée. Il y a d’abord les « Muscadins » nommés ainsi car ils sont parfumés de musc, portent des costumes excentriques (habit étriqué, cravate bouffante, cheveux poudrés flottants) et tiennent à la main un bâton à poignée plombée appelé « le pouvoir exécutif ». Les «  Incroyables » tirent leur nom d’un tic de langage, ils suppriment volontairement les « r » — afin de renier publiquement la Révolution — et répètent continuellement « C’est incoyable ». Enfin les « Merveilleuses » c'est à dire stupéfiantes dans leurs audaces vestimentaires. Sous prétexte d'en finir avec le « gothique » et le « féodal » elles adoptent le style antique, des drapés de mousseline transparents, des pantalons couleur chair, des jupes courtes à la Diane chasseresse faisant apparaître les jambes et les bras nus. Les plus jolies femmes de Paris participent avec frénésie à cette mode. Parmi elles Joséphine de Beauharnais (future épouse de Bonaparte), Theresa Cabarrus connue sous le nom de Madame Tallien, Juliette Récamier, Anne-Françoise-Élisabeth Lange dite Mademoiselle Lange et Fortunée Hamelin.

Née en 1776 à Saint Domingue aux Antilles elle était la fille d’un riche planteur qui mourut lors d’un naufrage. Envoyée en France pour parfaire son éducation elle épousa Romain Hamelin qui consolida sa fortune en devenant fournisseur des armées. La beauté exotique de Fortunée lui permit de s’introduire dans « le tout Paris » de l’époque. Les chroniques de l’époque vantent sa taille de nymphe, ses yeux marron, ses lèvres rouges, ses dents blanches et son teint très brun (ce qui ne ressort pas de son portrait). Outre son physique elle avait des talents de danseuse, montait à cheval, avait de l’esprit et un goût très sûr sur la mode.

Elle lança les robes « à la sauvage » et la couleur « cuisse de nymphe émue » la mode étant alors aux perruques elle en avait plus de 40.

Son surnom de « plus joli polisson de France » vient sans doute de cet épisode. Un jour de l’été 1796 elle se promena avec une autre Merveilleuse sur les Champs-Elysées en robe transparente, la poitrine découverte. Il se produisit alors des attroupements si menaçants qu'elles durent s'enfuir en fiacre. Pour échapper au scandale, son mari l’emmena avec lui en Italie. Elle fit alors la connaissance de Bonaparte à qui elle vouera toute sa vie un véritable culte. Un jour que le général arriva en retard à l’une de ses fêtes elle lui dit : « on voit assez que l’on ne se bat pas ici, général, vous vous y faites attendre ».

Mais les extravagances de la minorité riche et oisive des Merveilleuses et des Incroyables choquaient la grande majorité de la population attachée aux mœurs traditionnelles et scandalisée par le contraste entre ce luxe et la misère ambiante. Bonaparte le comprit très bien lorsqu’il arriva au pouvoir. Avec le retour à l’ordre les « Merveilleuses » s’assagirent car on ne tolérait plus les débordements du Directoire. Fortunée Hamelin épousa en secondes noces le banquier Ouvrard qui fut arrêté en 1807 par la police de Fouché pour ses malversations financières. Pendant la Restauration elle reste fidèle à Napoléon qu’elle aide pendant les Cent jours en l’avertissant du départ de Louis XVIII et en faisant placarder sur les murs de Paris des affiches portant le texte des trois proclamations adressées par l’Empereur à son armée et au peuple français.

Condamnée à l’exil au retour des Bourbons elle revient à Paris au bout de deux ans. Elle ouvre un salon où elle reçoit la bonne société, le prince de Talleyrand notamment et le jeune René de Chateaubriand avec qui elle aurait eu une liaison malgré leur différence d’âge. L’écrivain n’en parle pas dans ses « Mémoires d’outre-tombe » écrites à l’époque où il était devenu l’amant de Juliette Récamier qui détestait sa rivale.

Fortunée Hamelin meurt en avril 1851, elle repose au cimetière du Père Lachaise. 

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Vendredi 18 octobre 2013 5 18 /10 /Oct /2013 00:05

Affiche expositionChose rare qui mérite d’être signalée, à cette exposition du musée Jacquemart-André les photos sont autorisées ce qui me permet de bien illustrer cet article. Historiquement ce que l'on appelle « l'ère victorienne » correspond au règne de Victoria reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, puis impératrice des Indes  entre 1837 et 1901. Ce règne exceptionnellement long (soixante-trois ans), a marqué la Grande-Bretagne alors à l’apogée de sa puissance. Le pays est alors régi par une morale rigoureuse empreinte de puritanisme et de conformisme social. Si la reine Victoria en tant que monarque constitutionnel n'a pas de réel pouvoir, par sa droiture morale, sa dignité et l’austérité de sa cour, elle incarne et influence les vertus et les préjugés de cette nouvelle bourgeoisie britannique.

En réaction à ce puritanisme étouffant et à la laideur de l'industrialisation naissante, tout un courant artistique se lance dans une quête de la beauté qui s'exprime par un retour à l'antique, de somptueuses peintures décoratives et le nu féminin. C'est « l'Aesthetic movement » qui avait déjà fait l'objet de l'exposition « Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde » en 2011 au  musée d'Orsay.

Les artistes déclinent le « désir d'antique » car la bourgeoisie anglaise nourrie de culture classique se passionne pour les fouilles archéologiques de Grèce et d'Italie. Le peintre Lawrence Alma-Tadema « surfe » avec succès sur cette tendance. Son tableau « Les roses d'Hiélogabale » retrace l'histoire de ce banquet au cours duquel l'empereur romain  Héliogabale aurait fait déverser sur les convives une telle pluie de pétales de roses que certains d'entre-deux en furent étouffés. On le voit ainsi sur une estrade avec ses proches se réjouir avec cruauté de l'agonie des convives.

Les rose d'HéliogabaleLe « Moïse sauvé des eaux » de eaux de Frederic Goodall allie la redécouverte de l'Egypte antique, le thème de la Bible auquel s'ajoute les nus féminins de la fille de Pharaon et de ses suivantes.

Moïse sauvé des eauxDans le tableau daté de 1868, est intitulé "Le Quatuor, hommage du peintre à l’art de la musique" le peintre Albert Joseph Moore s'inspire des fresques du Parthénon tout en étant volontairement anachronique, car les musiciens jouent avec des instruments du XIXe siècle. L'artiste y ajoute en plus une touche discrètement érotique, les draperies laissant entrevoir les formes des femmes debout de dos.

Le quatuor hommage du peintre-copie-1«Les Remparts de la maison de Dieu » de John M. Strudwick est une illustration de la tendance « préraphaélite », s’opposant au matérialisme victorien et aux conventions néoclassiques de l’art académique, les préraphaélites réunis autour de Dante Gabriel Rossetti réagissent contre la peinture officielle, et prônent un retour à la nature prenant comme modèles les primitifs italiens antérieurs à Raphaël. Ce tableau représente deux âmes accueillies au paradis par des anges.

Les remparts de la maison de DieuA cette époque le nu devient un genre à part entière dans la peinture anglaise. Le prétexte mythologique permet aux peintres de présenter des œuvres sensuelles. Frédéric Leighton s'inspire des compositions d'Ingres qu'il a rencontré à Paris. Avec « Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle » (vers 1880), il reprend le thème d’un nu féminin placé sur un fond de paysage.

Crenaia la nympheSi la femme de l'époque victorienne est cantonnée à son rôle d'épouse et de maîtresse de maison juridiquement inférieure à son mari, elle est magnifiée par les artistes. Mais ces derniers projettent leur idéal masculin sur une femme idéale d'une beauté évanescente et intemporelle. John W. Goodward peint ainsi « L'absence fait grandir l'amour », une jeune fille à la beauté classique dont les vêtements, d’un coloris chaud alliant le rose et l’orange, se marient à merveille avec son teint hâlé et ses cheveux noirs de méditerranéenne.

L'absence fait grandir l'amourCe même type de composition se retrouve dans « La joueuse de Saz » de William C. Wontner. Il y a ici un contraste entre la jeune fille indubitablement britannique et ses vêtements et l'instrument de musique de style oriental.

La joueuse de sazCe mouvement artistique ne survécu pas à la première guerre mondiale et les artistes tombèrent dans l'oubli. Il connaît ensuite un regain d'intérêt depuis les années 1960, les musées de Grande-Bretagne  l'ayant remis au goût du jour. Quand aux œuvres présentées dans cette exposition, elles proviennent de la collection de l'homme d'affaire mexicain Juan Antonio Pérez Simon.

Désirs et volupté à l’époque victorienne au musée Jacquemart-André jusqu’au 20 janvier 2014.

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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 00:05

Lors d’une visite au musée des Augustins de Toulouse j’ai été frappé par deux tableaux contigus de Jean-Paul Laurens, « Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie » et « L'agitateur du Languedoc ».

Avec « Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie » nous sommes transportés à Constantinople, à la charnière des IVe et Ve siècles de notre ère dans un empire Romain d’Orient qui brille de tout son éclat pendant que la partie occidentale de l’empire se morcelle sous l’emprise des barbares.

Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie

Saint Jean Chrysostome est le fils d’un haut fonctionnaire de l’empire, il reçoit une excellente éducation classique. Il est ordonné prêtre puis nommé prédicateur par l’évêque d’Antioche. Très vite il s’impose par ses talents oratoires qui lui valent le surnom de « Chrysostome » ce qui veut dire « bouche d’or » en Grec. Nommé en 398 Patriarche de Constantinople, il se heurte à l’impératrice Eudoxie une femme ambitieuse qui aime les fastes, les plaisirs et scandalise les chrétiens. Exilé par l’impératrice, Saint Jean Chrysostome, revient à la faveur d’un mouvement populaire mais est exilé à nouveau et meut d’épuisement. La mort de l'impératrice, survenue peu après, apparut alors comme un châtiment divin.

Le tableau joue sur les contrastes, au premier plan, le saint harangue l’impératrice de sa chaire en bois et laisse éclater sa colère marquée par son poing tendu. Au fond l’impératrice Eudoxie est figée et porte son regard bien au-delà du prédicateur qui l'interpelle depuis sa chaire.

« L'agitateur du Languedoc » évoque la répression menée contre les Cathares. On sait peu de choses sur cette doctrine, venue d’Orient au XIe siècle. Elle considérait qu’il existe deux mondes, notre monde crée par Satan où règne le mal, et un monde du bien, spirituel et lumineux, pour y parvenir l’âme devait expier ses fautes au cours de différentes existences. Pour les Cathares le démon avait faussé l’œuvre du Christ, l’église catholique était une fausse église corrompue et la croix ne devait pas être vénérée car elle fut l’instrument du supplice du Christ. Eux-mêmes ne désignaient pas comme Cathares mais comme « croyants » pour les convertis et « bons hommes » ou « parfaits » pour les prédicateurs qui avaient fait vœu de pauvreté et de chasteté.

Ce mouvement se développa dans le midi dont la civilisation était urbaine et ouverte. Le terrain était favorable car l’église d’alors était corrompue, certains prêtres vivaient en concubinages, d’autres tenaient des tavernes et certains taxaient les services religieux (messes, baptêmes..). Les missionnaires Cathares austères et vertueux, n’eurent aucun mal à convertir les fidèles scandalisés par les abus de l’église. De leur côté, les femmes furent sensibles au côté égalitaire de la doctrine car il existait aussi des « parfaites ». Au début du XIIIe une partie la classe dirigeante du midi se rallie aux Cathares, certains nobles avec l’arrière- pensée de s’emparer des biens de l’église.

Pour le pape Innocent III (1160 – 1216) champion de la théocratie, l’extension du catharisme est un danger politique majeur. L’assassinat de son légat en 1208 est le prétexte de son appel à la croisade. En 1209 une armée de 20.000 combattants envahit le Languedoc et met le siège devant Béziers dont la population – composée en majorité de catholiques - est massacrée. L’abbé de Cîteaux qui accompagnait la croisade aurait alors dit cette phrase terrible : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Après la croisade le système policier de l’inquisition est mis en place et les Cathares entrent en clandestinité.

Le dernier épisode est la prise de la forteresse de Montségur en 1244, dernier refuge des Cathares. Par la suite le Catharisme, privé de chefs et de prédicateurs, survit partiellement dans la clandestinité avant de disparaître au XIVe siècle.  

Agitateur du Languedoc Au lieu de donner le point de vue des Cathares, Jean-Paul Laurens évoque la dénonciation des excès de l’inquisition par un membre de l’église catholique, le moine franciscain Bernard Délicieux, qui paya de sa vie son attitude courageuse. On retrouve le même contraste, le moine vêtu de sa bure franciscaine lève un bras vengeur vers ceux qui l'accusent. Face à lui les représentants de l’église officielle apparaissent bornés, indifférents ou le visage masqués par leurs capuchons tandis que le grand inquisiteur vêtu d’hermine est scandalisé par le propos du franciscain.

Dans ces deux tableaux transparaît la personnalité de Jean-Paul Laurens (1838 - 1921) artiste Languedocien connu pour ses convictions républicaines et anticléricales. Les personnages de Saint Jean Chrysostome et Bernard Délicieux expriment sa défiance vis-à-vis des institutions sans contrôle ainsi que son sentiment régionaliste.

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Vendredi 30 novembre 2012 5 30 /11 /Nov /2012 00:05

Cette exposition du musée des arts décoratifs est l’occasion de plonger dans l’univers de la "haute joaillerie" de la place Vendôme, à défaut d’acheter une de leurs créations dont les prix sont bien au-delà des moyens du commun des mortels. Si vous vous intéressez aux bijoux sachez que le musée des arts décoratifs possède un fond de 4.000 pièces, du moyen âge à nos jours et se donne pour mission de valoriser la joaillerie française.

La « maison », ainsi appelle t’on les prestigieuses entreprises de la place Vendôme, naît au début du XXe siècle du mariage d’Alfred Van Cleef et Isabelle Arpels. C’est aussi l’union de deux familles qui s’associent pour ouvrir un magasin place Vendôme. Pour répondre à la question que vous vous posez sans doute, à savoir pourquoi la haute joaillerie se concentre sur cette place. Sachez que c’est la proximité de deux palaces, le Ritz et le Meurice où se retrouvait l’élite fortunée de l’époque qui a motivé cette implantation. Très vite la qualité des pièces de Van Cleef et Arpels fait le succès de la firme qui ouvre des succursales à Deauville ou sur la côte d’Azur afin de suivre sa clientèle dans ses lieux de villégiatures. Dans les années 1920 la publicité de la maison représente une femme dont le collier de perles entoure un globe terrestre avec cette légende : « Les bijoux de Van Cleef et Arpels font le tour du monde pour parer la femme », l’ouverture d’une boutique à New York en 1939 en est la parfaite illustration.

affiche VCAL’exposition qui se tient dans la nef des arts décoratifs présente 500 pièces de Van Cleef et Arpels, du début du XXe siècle à nos jours. Dans ses créations la maison s’inspire des tendances, ainsi la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 est le prétexte à décliner une ligne de bijoux ornés de lotus, ibis ou hiéroglyphes. En 1933 Charles Arpels se rend compte que l’une de ses clientes garde dans une boîte à cigarettes ses accessoires féminins, poudrier, rouge à lèvres, cigarettes… Il a l’idée d’une boîte de rangement de luxe, pourvue de compartiments et d’un miroir, c’est la création de la « Minaudière », nom donné en hommage à sa femme Estelle qui minaudait (ce qui veut dire qu’elle « faisait des manières »). Plusieurs Minaudière sont exposées en or, argent ou platine serti de diamant. L’une d’entre elle est ingénieusement intégrée dans un petit sac en tissus. Comme le faisait remarquer une visiteuse, c’est plus pratique quand il fait froid que d’avoir un morceau de métal – même si c’est de l’or – dans la main.

Une autre innovation de la maison de Van Cleef et Arpels est le « serti mystérieux » pour lequel un brevet est déposé en 1933. J’ai bien lu toutes les explications que je vais essayer de vous restituer ici. A la base, sertir une pierre précieuse sur un bijou consiste à coincer la pierre entre des griffes de métal, lesquelles sont recourbées et polies, l’inconvénient du système est que le serti recouvre en partie le joyau et que les griffes peuvent parfois se prendre dans le tissu. Le « serti mystérieux » consiste à tailler une rainure dans les pierres puis les encastrer  dans un rail métallique, vu de l’extérieur on a ainsi l’impression que les pierres tiennent toutes seules. Cette technique permet également de réaliser une grande surface de pierre sans montrer le moindre métal, presque comme si la surface n'était qu’en pierres précieuses, l’effet est « magique » et on se demande comment ça tient.

L’exposition décline aussi les pièces d’exceptions réalisées pour des célébrités ou des têtes couronnées, une parure de mariage pour la princesse Grace de Monaco, la couronne du Shah d’Iran, une parure pour la cantatrice Maria Callas, un collier pour Elisabeth Taylor.

Je finirai par un documentaire très intéressant dans lequel plusieurs artisans d’art de la maison présentent leurs savoir faire et sont filmés durant leur travail. C’est l’occasion de découvrir les nombreux métiers qui composent l’univers de la joaillerie : dessinateur (pour présenter une ébauche gouachée du futur bijou au client), négociant en pierres précieuses, maquettiste, sertisseur, polisseur... Toutes et tous témoignent de leur passion pour leur métier et leur fierté de contribuer à la réalisation d’œuvres d’art.

Van Cleef et Arpels – l’art de la haute joaillerie – jusqu’au 10 février 2013 au musée des arts décoratifs

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