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Hors du Louvre

Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 00:05

Lors d’une visite au musée des Augustins de Toulouse j’ai été frappé par deux tableaux contigus de Jean-Paul Laurens, « Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie » et « L'agitateur du Languedoc ».

Avec « Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie » nous sommes transportés à Constantinople, à la charnière des IVe et Ve siècles de notre ère dans un empire Romain d’Orient qui brille de tout son éclat pendant que la partie occidentale de l’empire se morcelle sous l’emprise des barbares.

Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie

Saint Jean Chrysostome est le fils d’un haut fonctionnaire de l’empire, il reçoit une excellente éducation classique. Il est ordonné prêtre puis nommé prédicateur par l’évêque d’Antioche. Très vite il s’impose par ses talents oratoires qui lui valent le surnom de « Chrysostome » ce qui veut dire « bouche d’or » en Grec. Nommé en 398 Patriarche de Constantinople, il se heurte à l’impératrice Eudoxie une femme ambitieuse qui aime les fastes, les plaisirs et scandalise les chrétiens. Exilé par l’impératrice, Saint Jean Chrysostome, revient à la faveur d’un mouvement populaire mais est exilé à nouveau et meut d’épuisement. La mort de l'impératrice, survenue peu après, apparut alors comme un châtiment divin.

Le tableau joue sur les contrastes, au premier plan, le saint harangue l’impératrice de sa chaire en bois et laisse éclater sa colère marquée par son poing tendu. Au fond l’impératrice Eudoxie est figée et porte son regard bien au-delà du prédicateur qui l'interpelle depuis sa chaire.

« L'agitateur du Languedoc » évoque la répression menée contre les Cathares. On sait peu de choses sur cette doctrine, venue d’Orient au XIe siècle. Elle considérait qu’il existe deux mondes, notre monde crée par Satan où règne le mal, et un monde du bien, spirituel et lumineux, pour y parvenir l’âme devait expier ses fautes au cours de différentes existences. Pour les Cathares le démon avait faussé l’œuvre du Christ, l’église catholique était une fausse église corrompue et la croix ne devait pas être vénérée car elle fut l’instrument du supplice du Christ. Eux-mêmes ne désignaient pas comme Cathares mais comme « croyants » pour les convertis et « bons hommes » ou « parfaits » pour les prédicateurs qui avaient fait vœu de pauvreté et de chasteté.

Ce mouvement se développa dans le midi dont la civilisation était urbaine et ouverte. Le terrain était favorable car l’église d’alors était corrompue, certains prêtres vivaient en concubinages, d’autres tenaient des tavernes et certains taxaient les services religieux (messes, baptêmes..). Les missionnaires Cathares austères et vertueux, n’eurent aucun mal à convertir les fidèles scandalisés par les abus de l’église. De leur côté, les femmes furent sensibles au côté égalitaire de la doctrine car il existait aussi des « parfaites ». Au début du XIIIe une partie la classe dirigeante du midi se rallie aux Cathares, certains nobles avec l’arrière- pensée de s’emparer des biens de l’église.

Pour le pape Innocent III (1160 – 1216) champion de la théocratie, l’extension du catharisme est un danger politique majeur. L’assassinat de son légat en 1208 est le prétexte de son appel à la croisade. En 1209 une armée de 20.000 combattants envahit le Languedoc et met le siège devant Béziers dont la population – composée en majorité de catholiques - est massacrée. L’abbé de Cîteaux qui accompagnait la croisade aurait alors dit cette phrase terrible : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Après la croisade le système policier de l’inquisition est mis en place et les Cathares entrent en clandestinité.

Le dernier épisode est la prise de la forteresse de Montségur en 1244, dernier refuge des Cathares. Par la suite le Catharisme, privé de chefs et de prédicateurs, survit partiellement dans la clandestinité avant de disparaître au XIVe siècle.  

Agitateur du Languedoc Au lieu de donner le point de vue des Cathares, Jean-Paul Laurens évoque la dénonciation des excès de l’inquisition par un membre de l’église catholique, le moine franciscain Bernard Délicieux, qui paya de sa vie son attitude courageuse. On retrouve le même contraste, le moine vêtu de sa bure franciscaine lève un bras vengeur vers ceux qui l'accusent. Face à lui les représentants de l’église officielle apparaissent bornés, indifférents ou le visage masqués par leurs capuchons tandis que le grand inquisiteur vêtu d’hermine est scandalisé par le propos du franciscain.

Dans ces deux tableaux transparaît la personnalité de Jean-Paul Laurens (1838 - 1921) artiste Languedocien connu pour ses convictions républicaines et anticléricales. Les personnages de Saint Jean Chrysostome et Bernard Délicieux expriment sa défiance vis-à-vis des institutions sans contrôle ainsi que son sentiment régionaliste.

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Vendredi 30 novembre 2012 5 30 /11 /Nov /2012 00:05

Cette exposition du musée des arts décoratifs est l’occasion de plonger dans l’univers de la "haute joaillerie" de la place Vendôme, à défaut d’acheter une de leurs créations dont les prix sont bien au-delà des moyens du commun des mortels. Si vous vous intéressez aux bijoux sachez que le musée des arts décoratifs possède un fond de 4.000 pièces, du moyen âge à nos jours et se donne pour mission de valoriser la joaillerie française.

La « maison », ainsi appelle t’on les prestigieuses entreprises de la place Vendôme, naît au début du XXe siècle du mariage d’Alfred Van Cleef et Isabelle Arpels. C’est aussi l’union de deux familles qui s’associent pour ouvrir un magasin place Vendôme. Pour répondre à la question que vous vous posez sans doute, à savoir pourquoi la haute joaillerie se concentre sur cette place. Sachez que c’est la proximité de deux palaces, le Ritz et le Meurice où se retrouvait l’élite fortunée de l’époque qui a motivé cette implantation. Très vite la qualité des pièces de Van Cleef et Arpels fait le succès de la firme qui ouvre des succursales à Deauville ou sur la côte d’Azur afin de suivre sa clientèle dans ses lieux de villégiatures. Dans les années 1920 la publicité de la maison représente une femme dont le collier de perles entoure un globe terrestre avec cette légende : « Les bijoux de Van Cleef et Arpels font le tour du monde pour parer la femme », l’ouverture d’une boutique à New York en 1939 en est la parfaite illustration.

affiche VCAL’exposition qui se tient dans la nef des arts décoratifs présente 500 pièces de Van Cleef et Arpels, du début du XXe siècle à nos jours. Dans ses créations la maison s’inspire des tendances, ainsi la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 est le prétexte à décliner une ligne de bijoux ornés de lotus, ibis ou hiéroglyphes. En 1933 Charles Arpels se rend compte que l’une de ses clientes garde dans une boîte à cigarettes ses accessoires féminins, poudrier, rouge à lèvres, cigarettes… Il a l’idée d’une boîte de rangement de luxe, pourvue de compartiments et d’un miroir, c’est la création de la « Minaudière », nom donné en hommage à sa femme Estelle qui minaudait (ce qui veut dire qu’elle « faisait des manières »). Plusieurs Minaudière sont exposées en or, argent ou platine serti de diamant. L’une d’entre elle est ingénieusement intégrée dans un petit sac en tissus. Comme le faisait remarquer une visiteuse, c’est plus pratique quand il fait froid que d’avoir un morceau de métal – même si c’est de l’or – dans la main.

Une autre innovation de la maison de Van Cleef et Arpels est le « serti mystérieux » pour lequel un brevet est déposé en 1933. J’ai bien lu toutes les explications que je vais essayer de vous restituer ici. A la base, sertir une pierre précieuse sur un bijou consiste à coincer la pierre entre des griffes de métal, lesquelles sont recourbées et polies, l’inconvénient du système est que le serti recouvre en partie le joyau et que les griffes peuvent parfois se prendre dans le tissu. Le « serti mystérieux » consiste à tailler une rainure dans les pierres puis les encastrer  dans un rail métallique, vu de l’extérieur on a ainsi l’impression que les pierres tiennent toutes seules. Cette technique permet également de réaliser une grande surface de pierre sans montrer le moindre métal, presque comme si la surface n'était qu’en pierres précieuses, l’effet est « magique » et on se demande comment ça tient.

L’exposition décline aussi les pièces d’exceptions réalisées pour des célébrités ou des têtes couronnées, une parure de mariage pour la princesse Grace de Monaco, la couronne du Shah d’Iran, une parure pour la cantatrice Maria Callas, un collier pour Elisabeth Taylor.

Je finirai par un documentaire très intéressant dans lequel plusieurs artisans d’art de la maison présentent leurs savoir faire et sont filmés durant leur travail. C’est l’occasion de découvrir les nombreux métiers qui composent l’univers de la joaillerie : dessinateur (pour présenter une ébauche gouachée du futur bijou au client), négociant en pierres précieuses, maquettiste, sertisseur, polisseur... Toutes et tous témoignent de leur passion pour leur métier et leur fierté de contribuer à la réalisation d’œuvres d’art.

Van Cleef et Arpels – l’art de la haute joaillerie – jusqu’au 10 février 2013 au musée des arts décoratifs

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Vendredi 16 novembre 2012 5 16 /11 /Nov /2012 00:05

C’est sûr, en accolant les mots « Impressionisme » et « mode », le musée d’Orsay ne pouvait que programmer une exposition à succès. Toutefois, au-delà de l’effet « marketing » ce rapprochement n’est pas totalement artificiel.

Dans le dernier quart du XIXe émerge le mouvement artistique des impressionnistes qui veulent se démarquer de l’académisme. Dans leurs toiles ces artistes cherchent à saisir des impressions fugitives et le mouvement plutôt que des sujets figés. Dans le même temps de nouveaux modes de consommation apparaissent, c’est la naissance des grands magasins et le développement des revues et des catalogues consacrés à la mode. Les impressionnistes ont bien saisi cette tendance dans leurs toiles. On débute avec une affiche de l’inauguration du magasin du Printemps en mars 1884 et les articles de presse de l’époque. Puis on passe dans une salle ou des modèles de robes voisinent avec les catalogues des grands magasins accompagnés de patrons et parfois d’échantillons de tissus. Des extraits de l’ouvrage « Au bonheur des dames » de Zola nous rappellent l’importance des nouveaux modes de consommation. Un nouvel acteur s’impose, c’est le dessinateur industriel qui crée des modèles complexes et variés qu’il vend aux couturiers et aux grands magasins.

Affiche impressionisme & modeLes femmes doivent se changer plusieurs fois par jour, au déshabillé du matin succède une élégante toilette d’après-midi, le soir il faut porter une robe de réception si l’on reçoit. Quand une femme va au bal ou à l’opéra, elle se doit de porter une robe de soie largement décolletée découvrant les épaules comme le peint Mary Cassat dans sa « Femme au collier de perles ». Dans les salles, les œuvres des impressionnistes côtoient des vêtements d’époque et on peut même voir côte à côte le tableau « Dans la serre ou Madame Bartholomé » et la robe en deux pièces de coton blanc imprimé de pois et rayures violettes portée par la femme du peintre au moment où elle posait, en 1881. Un peu plus loin, grâce à un jeu de miroirs, des chaises sur les côtés, la scénographie des tableaux nous donne l’impression d’assister à un défilé de mode. Le tableau de James Tissot « Octobre » est l’occasion de magnifier la Parisienne, incarnation de la mode à l’époque, dont le jeu de séduction consiste à dévoiler un pied ou une cheville au cours de sa marche.

Dans une vitrine j’ai vu qu’une robe était en partie faite de « tarlatane » mot que j’ignorais. L’incontournable « Wikipédia » m’a appris qu’il s’agit d’un textile importé d'Inde, une étoffe de coton employée pour la confection de robes de soirée, de coiffes et accessoires de lingerie.Une salle est consacrée aux accessoires indispensables chapeaux, gants, éventails et ombrelles sans oublier le corset qui met en valeur la poitrine mais gêne la respiration.

Pour les hommes les choses sont plus simples, le costume est de couleur sombre et on ne se change que le soir pour passer un habit de soirée noir. Pour sortir il faut chapeau, gants canne, parapluie et le col de chemise et les manchettes doivent être impeccables. Si la ligne des costumes masculins nous semble assez familière le système pileux est beaucoup plus développé sur tous les tableaux j’ai constaté que barbes ou moustaches étaient quasi obligatoires à l’époque. Evidemment tout ceci n’est accessible qu’aux classes aisées, la population ouvrière ou paysanne de l’époque, qui a bien du mal à se vêtir correctement, est totalement absente de l’exposition.

On termine par les plaisirs du plein air. La multiplication des parcs et jardins publics dans le Paris transformé par Haussmann est prétexte aux sorties et aux promenades. Le train permet aussi de se rendre en forêt et les impressionnistes y trouvent leur inspiration, en témoigne « le déjeuner sur l’herbe » de Monet. Pour nous mettre dans l’ambiance un faux gazon tapisse la salle et des chants d’oiseaux sont diffusés par haut-parleurs.

Pour conclure j’ai constaté que le public était majoritairement féminin (on se demande bien pourquoi ??). C’est une belle exposition au bémol près que, comme d’habitude, la muséographie oublie un peu le confort des visiteurs. Certains cartels explicatifs sont en gris foncé sur des murs gris (merci pour la visibilité), et comme toujours l’effet de foule n’est pas pris en compte. Je ne suis pas le seul le dire, il suffit de lire les commentaires du livre d’or.

L’impressionnisme et la mode au musée d’Orsay jusqu’au 20 janvier 2013.

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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 00:05

On m’a proposé de diffuser sur ce blog une émission de la chaîne « SAM TV » sur « La naissance de l’histoire de l’art au siècle des Lumières » avec Pascal Griener, historien de l’art et professeur à l’Université de Neuchâtel. Cette émission tournée au Centre Pompidou est un entretien de 15 mn environ sur la naissance des galeries, la nouvelle vision de l’art, les premières collections chronologiques et thématiques.

D’ordinaire je ne suis pas très favorable à ce genre de demande, mais j’ai été très intéressé par cet entretien, notamment cette conclusion de l’auteur : Dans la mesure où nous vivons une révolution liée aux nouveaux moyens de communication (internet, la téléphonie) l’étude d’une précédente époque de bouleversements est un outil pour mieux appréhender notre présent et notre vision de l’art.

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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 00:05

Toujours à San Francisco, Louvre-passion vous propose de découvrir aujourd'hui le "De Young museum". Fondé en 1895, ce musée fut détruit par un tremblement de terre en 1989, il fut alors décidé de le reconstruire entièrement. C'est désormais une structure futuriste conçue par architectes suisses, on y accède depuis le Golden Gate Park où l'on voit se dresser ce bâtiment couleur rouille.

De Young museum

A l'entrée de vastes espaces accueillent les visiteurs, on est loin de l'impression de foule que l'on ressent au Louvre.

De Young museum hall

Les collections se répartissent entre les "arts premiers" d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique, des collections d'art américain du XVIIIe au XXe siècle et des textiles. Ce qui déroute un peu c'est que les oeuvres sont classées par donateurs. Au final l'endroit me fait un peu penser au musée du Quai Branly : un bâtiment contemporain, situé dans un jardin et des collections d'art premier.
Au cours de ma visite j'ai remarqué ces quelques pièces.
"Bear in shamanic transformation" par David Ruben Piqtoukun. Cette sculpture réalisée en 1991 par cet artiste Inuit contemporain explore le thème du shamanisme associé au monde des animaux.

Bear shamanic"Superman" de Mel Ramos (1962) où le super héros est revisité par un tenant du "pop art".

SupermanCette figure féminine Chupicuaro datée de 300 avt JC, qui rappelle un peu celle du musée du Quai Branly.

Chupicuaro"Style life with grape juice and sandwiches" (1994) de David Ligare. L'artiste fait référence aux "homeless" (c'est à dire les SDF) à qui il servait des boissons et des sandwiches quand il travaillait dans une association d'aide aux sans abris.

Still life"Afternoon in the Cluny garden, Paris" (1889) de Charles Courtney Curran un petit clin d'oeil parisien. On constate d'ailleurs qu'à San Francisco la "French touch" est très appréciée dans la gastronomie et les arts décoratifs.

ClunyUn colt modèle "Dragoon 1844", souvenir de l'époque violente de la conquête de l'Ouest et la ruée vers l'or.

ColtPour finir sur une note plus poétique "Spring" (1928) de Selden Connor Gile un paysage avec une touche impressionniste.

SpringHélas la visite se termine car il faut rentrer à Paris.
                                                                 "Good bye San Francisco".

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