Les souvenirs d’Elisabeth Vigée-Lebrun

Publié le 6 Février 2015

J'avoue un faible pour Elisabeth Vigée-Lebrun (1755 – 1842) dont le musée du Louvre possède neuf tableaux et un pastel. Elle fut l’une des plus grandes portraitistes de son temps et, accessoirement, une de mes artistes préférés. Admirez son « Autoportrait au chapeau de paille » qui, malheureusement n'est pas au Louvre.

Les souvenirs d’Elisabeth Vigée-Lebrun

Dans ses souvenirs on découvre une jeune femme passionnée par son art qui nous raconte que, dès son plus jeune âge, elle passe le plus clair de son temps à dessiner. « Je crayonnais sans cesse et partout ; mes cahiers d'écriture et même ceux de mes camarades étaient remplis à la marge de petites têtes de face et de profil ; sur les murs du dortoir je traçais avec du charbon des figures et des paysages ». Après avoir passé quelques années au couvent, Elisabeth Vigée-Lebrun retourne chez ses parents. Fait rare pour l’époque son père reconnaît son talent et encourage sa passion au lieu de la forcer à devenir « femme au foyer ». Il devient son premier professeur, lui-même étant pastelliste, sa mort accidentelle est un choc pour Elisabeth alors âgée de 12 ans. C’est au Louvre où elle suit l’enseignement du peintre Gabriel Briard qu’elle fait la connaissance de Joseph Vernet et Jean-Baptiste Greuze deux artistes célèbres. Nantie de ces prestigieux parrainages Elisabeth accède aux collections privées pour étudier les tableaux.

A 18 ans on lui commande des portraits et elle commence à gagner sa vie. Son talent et son charme lui ouvrent les portes du salon de madame de Geoffrin qui voit défiler tout ce qui compte comme artistes et intellectuels. Un peut plus tard elle se lie d’amitié avec le peintre Hubert Robert, dont le portrait qu’elle effectue en 1788 est l’une de ses meilleurs réalisations. Poussée par sa mère, elle se marie avec Jean-Baptiste Pierre Le Brun, petit neveu du peintre de Louis XIV. S'il n'a pas de grands talents artistiques son mari est un habile marchand de tableaux dont les relations servent sa femme et lui permettent d’accéder à la clientèle de l'aristocratie de cour puis à la famille royale. En 1779 Elisabeth est appelée à Versailles pour exécuter le portrait de la reine Marie-Antoinette, elle sympathise avec la souveraine dont elle devient la portraitiste officielle, chargée en quelque sorte de promouvoir son « image ». Elle vit alors la meilleure période de sa vie, connaît la gloire et la fortune, en 1783 l'académie l'accueille sur l'intervention personnelle de la reine. Bien qu’issue de la petite bourgeoisie Elisabeth Vigée-Lebrun, s’intègre parfaitement à ce milieu aristocratique. Belle et talentueuse, elle a tous les atouts pour réussir dans ce milieu. Elle sait se renouveler pour plaire à ses invités et ses tableaux sensibles, comme cet autoportrait de 1786 avec sa fille, sont en parfaite concordance avec cette époque empreinte de « Rousseauisme ».

Les souvenirs d’Elisabeth Vigée-Lebrun

De cette période Elisabeth garde un attachement indéfectible à la monarchie et surtout à la reine Marie-Antoinette dont elle fut la portraitiste officielle. Tout au long de ses souvenirs elle s'attache à défendre la famille royale et critique durement la période révolutionnaire.

Mais dans les dernières années de l'ancien régime l'impopularité de la cour et de la reine atteignent Elisabeth Vigée-Lebrun, on l'accuse de dilapider l'argent public et d’avoir une liaison avec le ministre Calonne. Se sentant menacée elle quitte la France avec sa fille dès le début de la Révolution, mais sans son mari avec qui elle ne s'est jamais vraiment entendue. Pendant dix ans elle parcourt l'Europe où sa réputation et ses relations lui assurent partout le meilleur accueil, la vente de ses portraits très prisés lui assure de substantiels revenus. Elle est même accueillie à la cour de Russie par la tsarinne Catherine. En 1800 elle est rayée de la liste des émigrés et rentre en France en 1802, elle profite de ce retour pour visiter le musée du Louvre qui a ouvert en 1793 à cette occasion elle nous livre cette anecdote :

« On peut penser avec quel empressement je me rendis au musée du Louvre, qui possédait alors tant de chefs-d’œuvre; j'y allais seule pour jouir de cette vue sans distraction : je parcourus d'abord la galerie de tableaux, ensuite celle des statues ; et lorsque, enfin après être restée plusieurs heures sur mes jambes, je songeais à retourner chez moi pour dîner vers quatre heures et demie, je m'aperçus que les gardiens, ignorant que je n'étais point sortie, avaient fermé toutes les portes ; je cours à droite, à gauche, je crie ; il m'est impossible de me faire entendre et de me faire ouvrir ; je mourais de faim et de froid car nous étions au mois de février ; je ne pouvais frapper aux fenêtres car elles étaient beaucoup trop élevées ; ainsi je me trouvais en prison au milieu de ces belles statues que je n'étais plus du tout en position d'admirer ; elles me paraissaient des fantômes ; et à l'idée qu'il me faudrait passer la soirée et la nuit avec elles, la frayeur et le désespoir s'emparèrent de moi ; enfin, après avoir fait mille détours, j'aperçus une petite porte contre laquelle je frappais si fort que l'on vint m'ouvrir ; je sortis précipitamment ravie de reprendre ma liberté et de pouvoir aller dîner car j'avais grand besoin de manger ».

Ne se sentant pas vraiment à l’aise dans la société française du premier empire elle repart en voyage, en Angleterre et en Suisse. Revenue en France elle s’installe à Louveciennes près de Paris. Elle accueille avec joie la Restauration et le retour des Bourbons. C'est en 1835 qu'elle publie ses mémoires avec succès, car le public de l’époque est friand des souvenirs de l’ancien régime. Elisabeth Vigée-Lebrun meurt à Paris en mars 1842 à l'âge de 87 ans.

Rédigé par Louvre-passion

Publié dans #Peinture et sculpture

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moi 16/10/2015 15:49

Bonjour,
Je possède un tableau de Vigée Lebrun. Coment savoir s'il a de la valeur ?

Louvre-passion 16/10/2015 18:48

Bonjour,
Il faut vous adresser à un ou une spécialiste ou un marchand d'art (ce que je ne suis pas).

Cordialement
Louvre-passion

JA 28/10/2012 15:47


bonjour je pense qu'il y a une anomalie c ar j'ai reçu en news letter,votre dernier article daté du  16 novembre 2012 ( vous avez du le programmer): il n'apparait pas sur votre blog


 


A bientôt


JA

Louvre-passion 30/10/2012 20:37



En fait ce n'est pas une anomalie, il se trouve que j'avais brièvement publié l'article pour faire un test.


 


 


 


 


 



Sylvie 26/10/2012 15:31


Bel article ! j'aime cette anecdote de la visite du Louvre...

Louvre-passion 27/10/2012 18:13



Perdue toute seule dans un Louvre sombre et froid, en plus Belphégor n'existait pas encore.



AD-Mary44 devenue 49 25/10/2012 17:38


Comme nous avons eu raison de t'attendre avec impatience. MERCI pour cet article si intéressant et même PASSIONNANT - je pensais connaître la vie de cette artiste mais tu nous en apprends
toujours PLUS.


MERCI et à TRES BIENTOT - bien amicalement

Louvre-passion 27/10/2012 18:11



Merci pour tes encouragements et tant mieux si tu as aimé cette biographie d'Elisabeth Vigée-Lebrun.



FAN 20/10/2012 16:06


 Magnifique cette femme!!!Aussi belle que talentueuse!! C'est un régal que de visonner ses oeuvres et merci pour son
historique!!! ps: je pense insérer une vidéo sur elle sur mon blog de l'art!! BISOUS FAN

Louvre-passion 21/10/2012 14:47



Comme tu le dis Elmisabeth Vigée-Lebrun était aussi belle que talentueuse, elle a aussi vécu une période historique charnière.



JA 19/10/2012 18:54


Belle page, vous aviez déjà parlé de cette peintre dans d'autres articles,je crois, merci de nous faire connaitre ses oeuvres et son histoire, vraiment passionnant, merci


JA

Louvre-passion 20/10/2012 12:04



Oui, j'ai évoqué Elisabeth Vigée-Lebrun à plusieurs reprises.
Quand on aime on ne compte pas !



Alain 19/10/2012 10:14


Cet article me fait vraiment plaisir. Comme toi, j’adore cette femme peintre qui alliait beauté, qualité picturale et
sensibilité toute féminine. Lorsque je passe au Louvre, j’admire son autoportrait avec sa fille de 1786 (car il y en a un autre en 1789) bouleversant de complicité et de tendresse.


Elle ne peignit que peu d’hommes. Elle peignait les femmes avec une subtilité étonnante. Je repense au portrait de la
comtesse Skavronska du Musée Jacquemard-André, que tu as certainement remarqué, dont l’harmonie des couleurs, froides dans le vêtement et chaudes dans le visage, donne un charme incroyable à
l’image de la jeune femme.


 

Louvre-passion 19/10/2012 18:48



Cette salle où tu admires son autoportrait avec sa fille porte son nom, dommage que le Louvre ne possède que relativement peu de ses oeuvres car elle fut prolifique.
Moi j'aime bien le portrait de Madame Molé-Reymond.



Richard LEJEUNE 19/10/2012 08:14


Merci L.-P. pour cette très belle page d'Histoire de l'Art ; d'Histoire, tout simplement ...


 


Quelle édition des "Souvenirs" as-tu lue ?


Celle, commentée, de Geneviève Haroche-Bouzignac ?


Ou l'originale, ici sur le Net ?

Louvre-passion 19/10/2012 18:41



Je me suis inspiré des souvenirs commentés par Geneviève Haroche-Bouzignacet publiés en 2011 chez Flammarion.