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Le Peseur d'or et sa femme

Publié par Louvre-passion sur 1 Avril 2011, 00:05am

Catégories : #Peinture et sculpture

Contrairement à l’image répandue, la Renaissance n’est pas seulement l’influence de l’art Italien dans le reste de l’Europe. Dans les pays du Nord plusieurs courants se côtoient. L’influence du protestantisme qui refuse les images pour la dévotion et une résurgence du courant gothique hérité des maîtres primitifs Flamands. Une nouvelle clientèle de bourgeois aisés commande aux artistes qui produisent dans l’espoir de trouver un acquéreur. C’est le cas de Quentin Metsys (1465 – 1530), il inaugure en 1514 avec « Le Peseur d'or et sa femme » une série de scènes au contenu allégorique et moralisateur qui connaissent un énorme succès et influent la peinture des Pays-Bas jusqu’au XVIIe siècle. Ce tableau est représentatif du courant de la “dévotio moderna” propre aux Flandres qui met en avant la vie spirituelle personnelle. Metsys était un ami d’Erasme (1469 – 1536) humaniste Hollandais pénétré de l’étude des moralistes de l’antiquité et des évangiles qui défendit contre Luther la tolérance et le libre arbitre.

Peseur d'or

Ce tableau est rempli de symboles qui ne paraissent sans doute pas évidents à nos yeux du XXIe siècle mais qui étaient très clairs pour les contemporains de l’œuvre. N’oublions pas qu’à cette époque beaucoup de gens ne savaient pas lire mais savaient très bien déchiffrer les blasons et les images.

Le tableau montre un banquier pesant ses pièces d’or en présence de sa femme qui délaisse un livre d’heures, Metsys oppose ici la vanité des biens terrestres à la richesse spirituelle. La balance du peseur fait référence au jugement dernier et à la pesée des âmes. C’est aussi la dénonciation de l'avarice et exaltation de l'honnêteté, elle fait référence à cette citation de la Bible « Que la balance soit juste et les poids égaux » (Lévitique).

Le miroir symbolise la prudence, le vase translucide la pureté de la Vierge Marie, la pomme le péché et les perles la luxure. On note un parti pris d’archaïsme dans la facture, le miroir convexe qui reflète le quatrième côté de la pièce rappelle Van Eyck, un peintre Flamand du XVe siècle, et les costumes sont datés du XVe siècle alors que la peinture est du début du XVIe. Le tableau semble donc renvoyer à une époque plus ancienne et jugée plus honorable.

A voir au 2e étage de l’aile Richelieu dans la salle 9 consacrée à la première moitié du XVIe siècle au Pays Bas.

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sav 01/04/2011



tant de symboles en si peu de place :)


il a gardé ses couleurs par rapport à certains qui s'assombrissent avec le temps...



Richard LEJEUNE 01/04/2011



Et tant que tu expliques ces différents symboles, poursuivons :


 


1. Qui sont et que font les deux personnages que l'on distingue sur la droite, par l'entrebaîllement de la porte ?


 


2. Qui est la troisième personne présente dans la pièce, devant la fenêtre, et que reflète le miroir convexe sur le bureau ?



FAN 01/04/2011



 Excellente analyse de ce tableau connu
internationalement!! Il est certain qu'à l'époque de Luther, il fallait ruser pour exprimer la liberté d'expression!! Merci à Erasme!! BISOUS FAN



AD-Mary44 devenue 49 02/04/2011



Merci encore pour cet article.


Je voulais "m'offrir" le livre sur les symboles dans la peinture.


Il faut que j'y pense car en analysant un tableau on approfondit la pensée du peintre.


bien amicalement



JA 04/04/2011



J'aime assez les tableaux de cette époque mais je ne connaissais pas ce peintre: je note le visage triste de la dame, et l'homme très préoccupé par son or....


Merci pour cet article


a bientôt


JA


 



Jean-Louis Gautreau 04/04/2011



Le Louvre possède 3 autres oeuvres de Quentin Metsys :


Une Piéta - Une Vierge à l'Enfant


Et surtout une Marie-Madeleine, acquise en 2006 auprès de la famille Rothschild. Déclarée Trésor national, elle a bénéficié de la loi sur le mécénat. Prix : 5 millions d'Euros.



Jean-Louis Gautreau 04/04/2011



Un petit commentaire avec quelques éléments complémentaires :


Les artistes dénoncent, par des représentations moralisatices de la vie quotidienne, les vices de l'humanité et l'aspect éphémère de la vie. C'est précisément ces aspects qui sont mis en valeur
dans le tableau de Metsys considéré comme l'un des initiateurs du genre. Ici, l'attrait de l'or, des perles (symbole de la luxure) et des bijoux disposés devant son époux détourne la femme de ses
occupations spirituelles : la lecture des textes saints. Les objets disposés à l'arrière-plan sont soigneusement choisis et renforcent l'aspect moral de la composition. La bougie éteinte et le
fruit sur l'étagère, allusion au péché originel et voué à la pourriture, renvoient à la mort. La carafe d'eau et le chapelet suspendu à l'étagère symbolisent la pureté de la Vierge. Enfin, la
petite boîte en bois représente un écrin dans lequel la divinité se serait cachée. On retrouve de nombreuses autres représentations de cette scène notamment chez le peintre Marinus van
Reymerswaele.


 



Jean-Louis Gautreau 04/04/2011



Encore un petit commentaire :


Au premier plan, le bureau est encombré d'objets de valeur (bijoux, argent) ; un miroir convexe à la manière de Van Eyck reflète le quatrième côté de la pièce où
l'on voit un lecteur assis près de la fenêtre. Le mari à droite observe minutieusement le fléau de la balance pour équilibrer les deux plateaux. Se penchant vers son épouse à gauche, il fait
appel à elle pour qu'elle donne son avis sur l'équivalence des poids. En même temps, elle feuillette un ouvrage d'Heures et fait attention de ne tourner qu'une page à la fois. On la sent
désabusée par le commerce de son mari, son regard montre que le travail qu'accomplit celui-ci n'est pas très édifiant. Les deux personnages semblent avoir des préoccupations très différentes,
l'intérêt du mari pour les affaires contraste avec la piété de l'épouse. Ce tableau oppose le sacré et le profane. Le châssis de la fenêtre, en forme de croix, reflété dans le miroir, montre que
le foyer est attentif aux écrits saints. A l'arrière plan, dans la rue ouverte par la fenêtre, un couple discute de cet univers où règne deux conceptions antagonistes du monde. Ce contraste entre
le prêteur et sa femme est aussi très visible dans les couleurs choisies par le peintre, elles ne sont pas innocentes. La femme est habillée de vêtements plutôt vifs et son visage est pâle, alors
que son époux a une peau mate et des habits foncés, ternes. L'une est donc tournée vers la religion, le sacré, la vertu, et l'autre vers les affaires, le profane, le vice.



Jean-Louis Gautreau 04/04/2011



Le musée du Louvre a édité un petit ouvrage entièrement consacré à ce tableau de Q. Metsys.



Jean-Louis Gautreau 04/04/2011



Encore un commentaire et quelques éléments nouveaux :


La femme détourne son regard du livre religieux (où figure l' image d' une vierge à l' enfant) qu' elle tient dans la main, vers les richesses que manipule son époux, symbolisant ainsi le
danger de la convoitise qui détourne de la Foi.
Sur la table dans le miroir convexe, en bas à droite de celui-ci nous pouvons distinguer le visage d' un personnage placé en face du changeur. Il s' agit probablement du commerçant venu changer
son argent. 
Sur l' étagère en haut à gauche du tableau figurent une carafe et un chapelet symbolisant la virginité de Marie, donc la pureté. En effet, la lumière traverse la carafe sans la détruire
comme le Saint Esprit traversa la vierge sans la déflorer afin qu' elle donne naissance au Fils de Dieu.
A droite de l' étagère dans l' encadrure de la porte un vieil homme fait la leçon à un jeune (le geste de la main est sans équivoque) le mettant en garde contre l' envie qui le guette s'
il entre dans la maison du changeur.



Jean-Louis Gautreau 06/04/2011



Malheureusement non, je ne dispose pas de ce livret.


Je me suis contenté de butiner sur Internet et de sélectionner qq commentaires qui me paraissaient pertinents.


Cordialement



severine 11/04/2011



Votre article sur Metsys est particulièrement interessant.Pourriez vous m'indiquer l'editeur et l'isbn du livre sur les symboles dans la peinture, Merci à bientôt.



severine 12/04/2011



Je vous remercie de m'avoir répondu.je vais commander ce livre.Je pense que gros livre veut dire prix en rapport mais ce n'est pas un problème.J'aime beaucoup la peinture falmande et mon
professeur de pratique ce genre de peinture.De la préparation du bois aux glacis, il nous fait tirer la langue!!!n'est pas Metsys qui veut.....Bonne soirée et encore merci.



acheter or 29/10/2013


Incroyable cette histoire

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