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L’Antiquité rêvée - Innovations et résistances au XVIIIe siècle

Publié par Louvre-passion sur 7 Janvier 2011, 00:05am

Catégories : #Peinture et sculpture

Affiche antiquité rêvée 1Cette exposition de plus de 150 œuvres, peintures, sculptures, dessins, gravures, arts décoratifs, nous montre comment l’antiquité à inspiré la création du XVIIIe siècle. A l’époque  les premières fouilles archéologiques suscitent un courant artistique visant à régénérer l’art en s’inspirant de l’antiquité. Des débats et des expérimentations transforment les courants artistiques pour s’éloigner du “rocaille”, sinueux et orné, de la période de la Régence et du début du règne de Louis XV. Les premiers témoignages sont les “bustes à l’antiques” que se font faire les aristocrates anglais dès les années 1730. Assez vite les artistes sont déçus de la qualité des oeuvres retrouvées lors des fouilles archéologiques, notamment les peintures murales de Pompéï. Certains se tournent alors vers des maîtres tels que Poussin. En 1769 “L'empereur Sévère reproche à son fils Caracalla d'avoir voulu l'assassiner” de Jean-Baptiste Greuze préfigure le langage néo-classique de David.

À partir des années 1750-1760, des courants contraires tempèrent cet engouement. C’est notamment le “néobaroque” sous l’influence des artistes italiens tels que le Bernin. En 1765 Fragonard peint “Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé” morceau qui semble tiré d’un opéra baroque. Le “néomaniérisme” qui s’inspire aussi des peintres de la Renaissance s’éloigne de la froideur antique pour donner plus de vie et de chaleur. Autre courant des années 1760 - 1770, le “sublime” réagit à l’impassibilité du style antique par une esthétique du terrible, du vertige, de la démesure. “Le cauchemar” d’Henri Fuseli fit sensation en 1782 on y voit une jeune fille virginale en proie à un démon qui trouble le sommeil des femmes. Les critiques de l’époque avaient été scandalisés par les sous-entendus sexuels de l’oeuvre.

Le dernier quart du siècle voit s’affirmer un langage plus universel. C’est d’abord la célébration des “grands hommes”, que Voltaire différencie des héros guerriers. L’art se lance aussi dans l’apologie de la vertu à l’image du célèbre “Serment des Horaces” peint par David en 1784. La dernière partie de l’exposition est consacrée au “corps magnifié”. En 1755, Joachim Winckelmann, historien de l’art et archéologue, recommandait aux artistes de son temps d’imiter chez les Grecs leur « noble simplicité et calme grandeur » dans la représentation du corps humain. Cette “Psyché abandonnée” de David est d’ailleurs le thème d’une des affiches de l’exposition.

Exposition à voir jusqu’au 14 février 2011 dans le hall Napoléon, sous la pyramide.

Affiche antiquité rêvée 2

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Vanina 07/01/2011



Surement belle exposition mais difficile pour moi d'y aller  un peu trop loin... en plus, à Paris il fait trop
froid ! J'attendrai l'été !



Richard LEJEUNE 07/01/2011



Que voilà une exposition, à tout le moins d'après ce que j'ai pu en lire, qui se révèle extrêmement intéressante. Mais, sauf à penser que c'est dans un but "accrocheur", je trouve que le choix du
"Cauchemar" pour l'affiche est fort peu heureux et avenant ...


 


En revanche, j'ignorais complètement que, comme tu le soulignes au terme de ton article, c'est qu'il y en eût plusieurs. Peux-tu m'indiquer un site où je pourrais trouver toutes les autres
affiches annonçant cet événement ?



jean-louis gautreau 07/01/2011



Je trouve que l'affiche illustre plutôt bien le propos de l'expo.


1 - D'une part il s'agit d'une oeuvre de Füssli, artiste majeur, méconnu en France car très peu représenté (1 toile au Louvre !).


2 - Le titre "Antiquité rêvée", quoi de mieux que cette scène d cauchemar, de rêve fantastique.


3 - L'intention de l'expo est de montrer qu'en plein courant néoclassique dominant, d'autres sensibilités se maintiennent ou apparaissent, qui sont en opposition avec ce courant.


Choix difficile que celui d'une affiche. Fallait-il faire du racolage facile avec une jolie image consensuelle, ou tenter de rester fidèle au sujet traité par l'expo, quitte à opter pour ce
détail moins attrayant au premier degré, mais intrigant ,


Indépendament de cette affiche, l'expo est une merveille, on y trouve une accumulation de chefs-d'oeuvre.


Le thème est assez subtil, mais plutôt bien illustré, et avec un peu de temps, on comprend bien ce que les auteurs de l'expo ont voulu montrer.


Dans ce genre d'expo, il arrive aussi souvent que l'on redécouvre des oeuvres que l'on croit connaître, car elles sont placées dans un environnement différent, avec un éclairage soigné.


 



Alain 08/01/2011



Je voulais aller voir l’expo la semaine prochaine et ta note m’y incite encore plus.


Difficile de retrouver l’élégant et coquin Fragonard que j’ai revu récemment à Jacquemard-André dans cette peinture
académique si éloignée de son œuvre. La « grande peinture » n’était pas son truc !


Je ne connaissais pas ce peintre Füssli et cet étrange tableau d’un « Cauchemar », génie hideux grimpé sur
cette superbe jeune femme rêvant. Je comprends que cette toile surprenante ait rencontré le succès à la Royal Academy de Londres en 1782. Pauvre Claude Monet dont les toiles qu’il exposa en 1870
lors de son passage à Londres furent refusées par le jury !



grillon 08/01/2011



Tout d'abord mes meilleurs voeux pour toi et les tiens, cher Louvre-passion !


 


Ton article fait découvrir un tableau de David méconnu, mais c'est normal, il appartient à une collection privée. " Psyché abandonnée ", étonnante et moderne ... on peut voir le tableau en entier
sur le mini-site de l'expo que le site du Louvre propose ( mais tu l'as peut-être indiqué, je ne sais plus ! ) :


http://mini-site.louvre.fr/saison18e/index_f.php?expo=antiquite_revee#/antiquite_revee/exposition/neo-classicismes


Epoque passionnante, mouvementée , entre Winckelmann et le " Sturm und Drang ", les artistes ne savaient où donner de la tête !


 


Bonne semaine et bonne année !



AD-Mary44 devenue 49 08/01/2011



Oui, encore une exposition que j'aimerais bien visiter. Au point de vue sculpture ? Ce que j'apprécie pour les expositions que j'ai pu admirer au Louvre, c'est la présentation et les explications
souvent très abordables pour tout public ; le blabla de certaines expos m'énervent un peu parfois, mais, bon, ne nous plaignons pas ; celles du Grand Palais me donnent très souvent satisfaction.
ET NOUS AVONS TELLEMENT DE CHANCE - un petit bémol, que ces expos ne circulent pas dans les musées des grandes villes françaises.


Est-ce le manque de sommeil qui me rend "ronchonne" ?


bien amicalement et merci pour tes articles passionnants !!!!



FAN 08/01/2011



 Ah les "cauchemars"!!! Je dois dire
que ce tableau de Fuseli m'a toujours hanté!!Un peu comme Goya lorsqu'il dévore les enfants!!!!!Je ne me souviens plus du titre du tableau mais ces deux tableaux m'ont vraiment marqué depuis ma
tendre enfance!! BISOUS FAN



JA 08/01/2011



Une exposition qui semble interessante d'après votre article, merci pour l'info.


Je ne connaissais pas le tableau du Cauchemar, c'est vrai qu'il interpelle beaucoup et qu'il y a matière à réfléchir .... a bientôt


JA



jean-louis gautreau 08/01/2011



Le tableau de Füssli intitulé "le Cauchemar" vient de Detroit, il faut profiter de sa présence pour l'admirer, il ne reviendra pas de si tôt.


En revanche vous pouvez aller voir le seul tableau de ce peintre présent dans les collections publiques françaises, il se trouve dans la salle consacrée à la peinture anglaise
(bien qu'il soit d'origine Suisse - il a longtemps vécu en Angleterre) :


Lady Macbeth somnambule (1784 – Louvre)


Il n'est pas mal non plus...


 



sav 09/01/2011



j'aurais pensé que les fouilles archéologiques étaient plutôt une idée des années 1800...



Sushi 27/01/2011



Pour faire dans l'originalité : moi aussi j'adore Le cauchemar de Füssli et je le trouve très bien comme support d'affiche. Il est très complémentaire avec la Psyché de David,
et ce sont d'ailleurs des tableaux qui comportent tous les deux un certain nombre de paradoxes.


Mais j'ai aimé aussi les autres Füssli, dont un que je ne connaissais pas, celui pour lequel il a accusé Thomas de plagiat (j'aime aussi le Satan de Thomas, d'ailleurs). Le désespoir
de l'artiste face à la grandeur des fragments antiques (je crois que c'est le titre) me fait toujours penser au Château d'Otrante de Walpole...



Sushi 28/01/2011



Pour en revenir à Psyché abandonnée de David et à ses "paradoxes" : on ne sait pas  de source sûre si ce tableau est fini ou non. Il semblerait que oui, puisqu'il apparaît dans les
catalogues des oeuvres de David, qui ne concernaient que les oeuvres finies. De plus, il l' a cédé de son vivant, alors que, d'après ce que j'ai compris, il ne cédait jamais un tableau inachevé
(cf. le Portrait de Mme Charles-Louis Trudaine, au Louvre, qui, lui, est inachevé). Mais (car il y a un mais), d'un autre côté, David n'a jamais voulu l'exposer. Donc un doute
subsiste sur son état d'achèvement, même s'il est en général considéré comme achevé. Ce caractère achevé ou non du tableau est important, parce qu'il conditionne toute son interprétation.


En effet, seuls le visage et les mains sont "finis" ; même les petits cheveux dans le cou de Psyché donnent l'impression d'être à l'état d'"esquisse". Tout le reste de la toile (corps, rocher,
ciel, etc.) présente ce sentiment d'inachevé, car la touche frottée, si typique de David (mais qui, paradoxalement, n'apparaît d'habitude que dans les fonds et disparaît sous une facture lissée)
est très apparente. Là encore, je renvoie au Portrait de Mme Charles-Louis Trudaine qui présente le même aspect (et lui donne ce côté "moderne" si frappant), mais sur toute la toile ; ce
qui est normal, puisque, en l'occurence,  c'est un tableau inachevé. Donc, si David a voulu cette opposition entre parties lissées et parties en touche frottée apparente (ce qui, je le
répète, est exceptionnel chez lui), c'est peut-être qu'il a voulu donner corps au sentiment d'absence et d'abandon ressenti par Psyché (elle vient d'être abandonnée apar Cupidon, son époux); en
effet, la touche frottée donne un effet de transparence à tout son corps, c'est un peu comme si elle était en train de disparaître. Ce qui correspond bien également au geste des mains, qui se
referment sur le vide.


De plus, ça ne se voit pas ici et même difficilement sur une reproduction en pleine page A4, mais elle a les larmes qui affleurent aux yeux, et ça aussi, c'est quelque chose de vraiment
exceptionnel pour David. Il était le chantre des vertus viriles et chez lui (comme chez les autres néoclassiques, d'ailleurs), la femme n'est que victime qui pleure ou s'évanouit dans un coin
(exception faite des Sabines). Il a toujours exalté l'héroïsme contre le sentiment et ses personnages sont assez inexpressifs. Mais, si là aussi nous avons une femme au statut de victime
larmoyante (on se refait pas), la part belle est justement donnée au sentiment, à l'expressivité. Tout ça fait de ce tableau une oeuvre vraiment à part de David, qui tempère le néoclassicisme pur
et dur qu'on lui connaît.


C'est très long pour un commentaire, et je n'ai pas trouvé tout ça toute seule, d'ailleurs. Je vous renvoie notamment à l'album de l'exposition. Pour finir, je tiens à faire remarquer que toute
cette analyse serait battue, du moins partiellement, en brèche, s'il le tableau s'avérait finalement être inachevé.



Sushi 01/02/2011



Ah oui, je voulais dire aussi que j'avais adoré voir "en vrai" La marchande d'amours de Vien ; je l'avais souvent vu en reproduction, vu que ce tableau est légendaire pour avoir été
précurseur du néoclassicisme,et, s'il reste assez nunuche, j'aime vraiment sa gamme chromatique (ça en jette plus d'écrire "gamme chromatique" plutôt que "couleurs"...) et son sujet très
particulier.



Vandeporta 17/07/2011



Cette exposition m'a fait rêver ! J'ai été bien entendu séduit par cette image de la Psyché ! Les larmes sont immobilisées à la sortie de l'oeil et ce visage expressif m'a rendu fou.


Une belle exposition avec de nombreuses oeuvres réunissant les différents supports artistiques. Cette période m'était méconnue et grâce à ce rassemblement j'ai pu comprendre l'angouement à cette
époque de l'art classique ! Chapeau !



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