Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 00:05

Cette exposition est organisée conjointement par le Victoria and Albert Museum de Londres, le Musée d’Orsay et le « Legion of honor » de San Francisco ce qui m’a permis de constater que chacun avait sa façon de présenter les choses. Pour le Victoria and Albert Museum où elle s’est déroulée du 2 avril au 17 juillet, le titre est « The Cult of Beauty: The Aesthetic Movement 1860–1900 », pour le musée d’Orsay : « Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde » enfin pour le musée de San Francisco où elle se déroulera du 18 février au 17 juin 2012 ce sera « The Cult of Beauty: The Victorian Avant-Garde, 1860–1900 ».

affiche beauté morale Le musée d’Orsay a donc choisi Oscar Wilde comme fil conducteur alors qu’il n’est sans doute pas la figure de proue de « l’Aesthetic Movement ». Au fil de l’exposition des aphorismes de Wilde parsèment les salles comme celui-ci que l’on peut lire à l’entrée « L’art est notre fougueuse protestation, notre courageuse tentative de remettre la nature à sa place. ». Oscar Wilde (1854-1900) est un écrivain d’origine irlandaise qui personnalise le dandy cynique et élégant. Ses premiers poèmes publiés en 1881 reçoivent un accueil enthousiaste, il devient le favori de la haute société londonienne. En 1884 il épouse une jeune Irlandaise fortunée dont il a deux fils mais son orientation homosexuelle l’éloigne de ce mariage de convenance. Son unique roman est « le Portrait de Dorian Gray » (1891), où il développe les thèmes du dédoublement et du masque qui lui sont chers. Au cours d’un séjour à Paris la même année, il fait la connaissance de Mallarmé, de Gide et de Pierre Louÿs. Il écrit des comédies qui dépeignent les travers de l’aristocratie britannique. Ces pièces cyniques et drôles avec leurs mots d’esprit foisonnants sont plébiscitées par le public. En 1892 il se lie avec Alfred Douglas, qui devient son amant. Alors qu’il est en pleine gloire la dénonciation publique de son homosexualité par le père d’Alfred Douglas lui vaut un procès retentissant, il est condamné à deux ans de bagne et dénigré dans l’opinion publique. Exilé à Paris après avoir purgé sa peine il meurt dans la misère.

Pour en revenir à l’exposition le milieu du XIXe est au Royaume-Uni l’époque de l’industrialisation et celle du puritanisme. En réaction, les artistes de l'Aesthetic Movement veulent d'échapper à la laideur et au matérialisme de l'époque, par une idéalisation de l'art et de la beauté. Ils sont en quête d’une forme d'art libérée des préceptes académiques et affranchie des conventions sociales. Dans les premières salles la tapisserie intitulée « l’Adoration des mages » de Burne-Jones donne aux personnages des traits androgynes et quasiment féminins. Plus loin le tableau qui a servi de support à l’affiche de l’exposition est la « Sainte Cécile » de John William Waterhouse, la représentation de la sainte bercée par la musique d’anges enamourés symbolise le lien entre la musique et l’amour physique. A partir des années 1870 les tenants de l'Aesthetic Movement adoptent la théorie l'art pour l'art. Selon cette doctrine, l'art doit se libérer de toute préoccupation d'ordre moral, utilitaire ou religieux, et ne doit avoir d'autre fin que lui-même. Ils puisent leur inspiration dans les pays lointains tels que le Japon à l’image du tableau de James Tissot « Jeunes femmes regardant des objets Japonais ». Le passé avec les frises du Parthénon où les peintures d’Herculanum sont aussi une source d’inspiration, j’ai ainsi remarqué un collier dit d'Hélène de Troie qui est en fait inspiré d'un collier traditionnel Japonais. En 1877 un riche mécène aménage la « Grosvenor Gallery » pour y exposer le travail de ses amis artistes dans un environnement grandiose et favorable, les salles richement ornées deviennent l'endroit le plus en vue pour exposer.

Peu à peu les idées du mouvement se généralisent, son influence se fait sentir dans les arts décoratifs, les femmes de la haute société s’en inspirent dans la décoration intérieure. Dans cette section ne manquez pas la « Théière diamant » de Christophe Dressler qui, bien que crée en 1879, a un design d'avant-garde. A la fin du XIXe siècle le style d’Oscar Wilde, dont quelques photos en posture d’esthète alangui parsèment l’exposition, est étroitement associé au mouvement, son procès et sa chute discréditent l'Aesthetic Movement pour toute une génération. C’est la statue ornant le sommet de la fontaine de Piccadily Circus à Londres qui nous indique le chemin de la sortie. Il s’agit de l'Ange de la charité chrétienne. Représenté sous forme d’un nu il a été associé à Eros le dieu de l’amour ce qui est bien loin de sa symbolique première. De son arc il nous désigne la « Psyché » de Frédéric Leighton, symbole de la beauté trop parfaite absorbée par son image.
Peut être tout un symbole !

Par Louvre-passion - Publié dans : Hors du Louvre
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Commentaires

Un peu raccoleur le titre fraçais de l'exposition ! Mais je ne manquerai pas d'y aller. Merci pour cette introduction.

Commentaire n°1 posté par Sylvie le 14/10/2011 à 11h03

Le musée d'Orsay a mis en avant Oscar Wilde pour rameuter du public alors qu'il n'était pas une figure de proue du mouvement.

Réponse de Louvre-passion le 15/10/2011 à 17h22

Bien des choses peuvent être avancées, bien des questions peuvent découler à propos du titre choisi par les trois institutions muséales.

 

Celui d'Orsay est le seul qui manque volontairement d'une bienvenue précision chronologique : il ne fournit pas les dates ante quem et post quem comme les deux autres, ce qui eût pourtant été plus évocateur pour le commun des mortels.

En revanche, et là je suis entièrement d'accord avec le commentaire précédent, faire allusion à l' "Angleterre d'Oscar Wilde" pour situer le mouvement artistique dans le temps ressortit à une volonté de draîner un public plus large, alléché par l'histoire des amours tumultueuses de l'écrivain qui n'a strictement rien à voir avec l'esthétique picturale, et concerne seulement sa philosophie de vie.

 

Ma seconde remarque concerne les deux autres musées et la raison pour laquelle ni dans le titre ni dans la notices introductive sur leur site respectif il n'est fait mention de Wilde : parce qu'ils estiment qu'il n'est pas le sujet central - ce qui est évident - de cette exposition ou parce qu'ils ne veulent en aucun cas qu'il soit un frein pour les amateurs d'art qui - à l'image de ceux du XIXème siècle - se sont détournés de ce mouvement à cause de l'association qui fut faite avec la sulfureuse présence de l'écrivain homosexuel ??

 

Provocation chez les Français, puritanisme chez les Anglais ?

 

Je ne connaîs évidemment pas les motivations de celles et ceux qui ont mis sur pied cette manifestation conjointe, mais il est certain que le choix des titres de chacun est révélateur d'un état d'esprit ... ou d'une finalité mercantile. 

Commentaire n°2 posté par Richard LEJEUNE le 14/10/2011 à 15h31

Je suis tout à fait d'accord avec ton analyse; une volonté "d'allécher" le public à Orsay et une certaine retenue teintée de puritanisme en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. On peut aussi se poser la question de l'importance d'Oscar Wilde dans ce mouvement artistique, sans doute surévaluée par Orsay à mon sens.

Réponse de Louvre-passion le 15/10/2011 à 17h26

Me voilà de retour du Royaume Uni et j'ai justement vu au musée de Liverpool un tableau d'un artiste préraphaélite ( cette époque de 1860 à 1890 ) représentant Hélène de Troie, le sujet était à la mode.

Je pense que le titre donné par le musée d'Orsay est tout à fait légitime et même très judicieux. Comme ton article le précise, cet " aesthetic movement " voulait se libérer des convenances, rechercher la beauté pour elle seule, indépendamment de toute morale. Or, c'est précisément la conception qu'Oscar Wilde se fait de l'art, et c'est le sujet de son roman " le portrait de Dorian Gray " . Wilde était partie prenante de ce mouvement, il ne faut donc pas faire un procès d'intention au musée français !

Je n'irai hélas pas à Paris avant l'année prochaine, j'ai assez bourlingué, je regrette de ne pas voir cette expo, je me contenterai du catalogue.

Bon week-end !

Commentaire n°3 posté par grillon le 14/10/2011 à 19h24

Pour ma part je pense que le musée d'Orsay à un peu surévalué le rôle d'Oscar Wilde pour attirer le public avec un "nom connu".

Réponse de Louvre-passion le 15/10/2011 à 17h28

J'ai vu des affiches à Paris pour cette expo et ce qui m'a étonné c'est le titre et la jeune femme dans son fauteuil si triste, une absence de cohérence, cela n'incite pas vraiment à visiter.

Quant à la statue à Piccadily Circus à Londres, je l'ai vu plusieurs fois mais de qui est -elle?

de Frédéric Leighton?

Merci pour votre article

A bientôt

JA

Commentaire n°4 posté par JA le 14/10/2011 à 21h23

En fait l'afiche "coupe" une partie du tableau puisqu'on ne voit pas les anges. Quant à la statue à Piccadily Circus elle est d'Alfred Gilbert.

Réponse de Louvre-passion le 15/10/2011 à 17h30

La question du titre n'est pas nouvelle (et effectivement, elle ne convient pas à cette expo, qui se concentre pas mal sur les arts décoratifs) ; Orsay avait déjà transformé "Preraphaelit lens" en "Une ballade d'amour et de mort", qui collait carrément moins au sujet. Bien sûr que ce musée a une politique raccoleuse !

Commentaire n°5 posté par Stéphanie MAYADE le 15/10/2011 à 16h23

Tu as tout à fait raison, les grands musée ont tendance a organiser des expositions "blockbuster" pour rameuter un maximum de monde (et rentrer dans leurs frais). Ici on a mis en avant Oscar Wilde alors qu'il n'était pas une figure de proue du mouvement.

Réponse de Louvre-passion le 15/10/2011 à 17h33

 L'affiche est jolie, certes, l'auteur de ce tableau William Waterhouse reflète bien la beauté mais morale et volupté??? ou alors, cette jeune femme soulève les interdits en rêvant!! Quant à Oscar WILDE, l'on connaît le personnage qui n'a rien de morale mais qui fut un esthète certain!!Bref, c'est tendance le mélange des genres!! Une expo européenne en quelque sorte où il aurait fallu exposer quelques français!! Mais les anglais sont égotiques , c'est connu!!! BISOUS FAN

Commentaire n°6 posté par FAN le 16/10/2011 à 09h19

Exposer des Français aurait été "hors sujet" puisque l'exposition a pour thème les courants artistiques de l'Angleterre entre 1860 et 1900, on ne peut donc pas le reprocher au musée d'Orsay.

Réponse de Louvre-passion le 16/10/2011 à 15h38

De plus, je trouve que cette exposition, malgré les très belles pièces présentées, est un peu fourre-tout : Mouvement esthétique, Prérapahélites, Arts and Crafts... On y mélange un peu tout (même si tout ça est effectivement lié), le propos n'est pas clair, voire discutable. Pour ma part, je vois mal comment on peut rattacher William Morris à l'Art pour l'Art quand on connaît son profond engagement social, à la base de toute sa réfléxion sur l'art et l'artisanat. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler ...

Commentaire n°7 posté par Stéphanie MAYADE le 16/10/2011 à 11h34

Cela dit ces mouvements artistiques n'étaient pas très structurés (ce ne sont pas des partis politique) il devait y avoir plusieurs cercles plus ou moins impliqués dans le mouvement.

Réponse de Louvre-passion le 16/10/2011 à 15h42

Tu parles de Grasvenor Gallery. Ce lieu d’exposition des peintres de ce mouvement me rappelle le procès étonnant qui opposa le critique d’art Ruskin au Peintre Whistler. Lors de la première exposition de la Grasvenor Gallery, Ruskin avait publié un jugement diffamatoire contre le peintre. Il avait traité la toile « Nocturne en noir et or – La chute de la fusée » de pot de peinture. Le procès avait été retentissant et gagné par Whistler qui en sorti ruiné.

Commentaire n°8 posté par Alain le 16/10/2011 à 12h21

Pauvre Whistler, il gagne un procès mais il en sort ruiné

Réponse de Louvre-passion le 16/10/2011 à 15h43

Encore une expo que je regrette de ne pouvoir admirer.

MERCI POUR TON ARTICLE - bien amicalement

Commentaire n°9 posté par AD-Mary44 devenue 49 le 16/10/2011 à 22h25

Oui mais, de ton côté, tu nous fait découvrir des belles choses.

Réponse de Louvre-passion le 18/10/2011 à 20h43

et bien je me coucherai moins bête ce soir... je ne connaissais rien de ce sujet, ni sur Oscar Wilde (ou tellement peu...)

 

Commentaire n°10 posté par sav le 19/10/2011 à 14h54

On en apprend tous les jours.

Réponse de Louvre-passion le 19/10/2011 à 20h51

Je suis (enfin) allée voir cette exposition que j'ai trouvée absolument superbe. Aussi bien les tableaux que les objets d'art, les meubles, les papiers peints... !

On peut regretter que ce soit si "anglo-anglais" : il aurait été intéressant d'évoquer les échanges avec l'Art Nouveau en France et en Belgique. Mais ce n'était pas le sujet.

Voir l'Eros de Picadilly de près est une belle conclusion pour cette expo.

Commentaire n°11 posté par Sylvie le 02/12/2011 à 14h48

Moi aussi je l'ai bien aimée, que ce soit "anglo-anglais" ne m'a pas gêné puisque on était bien dans l'Angleterre d'Oscar Wilde il ne fallait pas brouiller les pistes.

Réponse de Louvre-passion le 02/12/2011 à 18h40

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