
Cette toile de François-André Vincent intitulée "Henri IV faisant entrer des vivres dans Paris" m'a donné envie de relire quelques ouvrages consacrés
à ce roi.
Elle a été commandée en 1783 par le comte d'Angiviller à une époque où se manifestait un fort intérêt pour le passé national. C'est d'ailleurs lui qui avait commandé le tableau intitulé "La mort de Du Guesclin" dont je vous parlais en début d'année.
A l'origine Henri de Navarre est le chef des huguenots pendant la troisième guerre de religion (1568-1570), de sang royal il est reconnu par le roi Henri III comme son successeur légitime en
1589. Pour s'imposer comme souverain il doit batailler contre les catholiques fanatiques qui tiennent Paris. Après sa victoire d'Ivry ( ralliez vous à mon panache
blanc ! ) il met le siège devant la capitale. C'est là que se situe l'épisode raconté par le tableau, la famine ne tardant pas à régner dans la ville, le futur Henri IV laisse
rentrer un convoi de vivre montant ainsi sa générosité.
Dans la réalité historique il ne semble pas que cet épisode soit avéré, par contre il assoupli son blocus en laissant sortir trois mille pauvres. Finalement il préfère lever le siège de la ville
pour ne pas être pris à revers par une armée de secours, il sait aussi que les fanatiques qui gouvernent la ville vont se déconsidérer par leurs excès. Il réussit en jouant sur le patriotisme,
alors que ses adversaires s'appuient ouvertement sur l'Espagne et abjure sa foi protestante qui était le principal obstacle à son accession au trône, "Paris vaut
bien une messe !" est le mot historique qui lui est attribué à cette occasion.
En fait cette image réalisée plus de deux siècle après son règne nous montre que Henri IV fut un "grand communicateur". Voulant réunir les Français après une longue période de guerre civile il
marque son action politique par des symboles forts tels que son abjuration. Premier roi a avoir compris l'importance de l'image imprimée, il faisait répandre dans tous le pays des lithographies
des grands moment du règne. C'est donc à partir de cette propagande que s'est formée l'image du "bon roi Henri" que l'on retrouve dans les manuels scolaires. Le tableau se trouve dans la salle 51
au 2e étage de l'aile Sully.
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| Athanor |
Elle est accompagnée de deux sculptures intitulées "Danaé" et "Hortus Conclusus" installées dans des alcôves de part et d'autre de l'escalier. J'ai remarqué que l'oeuvre principale a pour nom "Athanor". Ce mot vient de l'arabe al-tannur et veut dire "le four". Dans la tradition alchimique c'est le fourneau dans lequel les alchimistes placent le récipient dit "oeuf" qui contient la matière de la pierre philosophale. Dans toutes les explications que j'ai lu sur cette oeuvre d’Anselm Kiefer, nulle part n'est expliqué cette dénomination alchimique, peut être que vous lectrices ou lecteurs en savez plus ?
En attendant je vous laisse découvrir ce nouveau décor en photo avant, peut être, votre visite.
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| Danaé |
Hortus conclusus |

Oublions un peu la galère des transports urbains pour parler de cette exposition dont le sous titre est "Vienne et Prague, 1815-1830", mais avant toute chose je
dois vous expliquer qui est Biedermeier.
Ce nom désigne un courant esthétique hérité du néo classicisme qui se développe en Europe centrale de 1815 à 1848, une période de paix après les longues guerres napoléoniennes. C'est un style
très original, à la fois simple et plein de fantaisie dans l'utilisation des couleurs. Contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'est pas un artiste ou un
créateur mais un personnage de fiction : Weiland Gottlieb Biedermeier est créé par un hebdomadaire satirique de Munich pour parodier le mode de vie de la société bourgeoise
d'Europe centrale entre 1815 et 1848. J'ai appris en visitant l'exposition que ce style fut d'abord inspiré par l'idéal de simplicité de l'aristocratie de l'époque. Un tableau représentant
l'empereur François Ier d'Autriche dans son cabinet de travail à la Hofburg avec du mobilier Biedermeir a servi pour la propagande destinée à populariser l'image de vie simple du "bon empereur
François". Moqué au milieu du XIXe siècle le style Biedermeir est redécouvert dans les années 1900 notamment par les artistes "sécessionnistes Viennois" qui y voient l'image d'une Allemagne
d'avant l'industrialisation et le militarisme Prussien.
Ce que j'ai remarqué ce sont les lignes étonnement modernes des meubles, un canapé orange crée à Vienne en 1820 - 1830, des secrétaires aux formes
arrondies et une orfèvrerie aux lignes épurées. Il y a aussi ce gobelet au poisson rouge fait par Anton Kothgasser à Vienne dans les années 1820 dont on pourrait croire qu'il s'agit d'un mini
aquarium. En bref tout ceci ne déparerait pas un intérieur contemporain de notre début de XXIe siècle.
L'exposition se déroule jusqu'au 14 janvier 2008 au 1er étage de l'aile Sully, dans la salle de la Chapelle.

Cette exposition est une sorte d'avant-première à l’ouverture, prévue en 2011, de l’Aga Khan Museum de Toronto (Canada), qui regroupera les chefs-d'œuvre de sa collection.
Qui est l’Aga Khan me direz vous ? Eh bien il s'agit du titre donné à l'iman des Ismaeliens Nizamites ce qui veut dire le chef religieux d'un courant de l'islam Chiite.
Dans cette exposition on découvre comment l'Islam a été influencé par l'Europe et la Chine et comment l'Europe a également été influencée par l'Islam. Pour l'Europe ont le voit dans ces deux huiles sur toiles, le portrait d'une homme et celui d'une femme peints en Iran à la fin du XVIIe siècle. L'apport de la Chine est visible dans les manuscrits et les représentations de paysages. Dans cette exposition on retrouve le Shah-Name ou "livre des Rois" de Shah Tamasp, ouvrage dont je vous ai parlé à l'occasion de l'exposition "Le chant du monde".
J'ai aussi appris dans cette exposition que, contrairement à l'idée reçue, la représentation des êtres animées n'est pas interdite dans l'art Islamique, elle est en principe interdite uniquement dans un contexte religieux. Ceci explique la finesse des personnages peints que l'on retrouve dans le fameux Shah-Name. A la fin de l'exposition on trouve des exemplaires et des extraits du Coran, en effet copier ou calligraphier le Coran est considéré comme un acte pieux.
Enfin j'ai remarqué une coquille "magico thérapeutique" décorée portant une inscription (magique ?), l'eau qui coulait de ce coquillage était ainsi censée guérir les malades. Ceci m'a rappelé les statues thérapeutiques de l'ancienne Egypte couvertes d'incantations et sur lesquelles les prêtres faisaient couler de l'eau qu'ils recueillaient pour la donner aux malades qui venaient au temple.
L'exposition se déroule à l'entrée de l'aile Richelieu jusqu'au 7 janvier 2008.
Je ne sais pas si vous connaissez cet excellent blog nommé "Si l'art était conté" qui nous régale avec des
histoires imaginées à partir de tel ou tel tableau. J'ai pris contact avec son auteur et lui ai proposé à de s'inspirer d'une oeuvre du Louvre, c'est "La liberté
guidant le peuple" d'Eugène Delacroix qu'il a choisit.
C'est par une chaleur étouffante que les 27,28 et 29 juillet 1830 le peuple de Paris se soulève contre le régime du roi Charles X, je vous ai déjà raconté dans cet article comment les combats avaient touché le Louvre.
Delacroix, qui est déjà un peintre célèbre, a assisté à l'évènement. Il a ressenti l'aspiration du peuple a plus de liberté politique et sociale. Partisan des idéaux de la Révolution Française il
veut peindre un sujet contemporain et célébrer le retour du drapeau tricolore.
En octobre 1830 il écrit à son frère "J'ai entrepris un sujet moderne, une barricade et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrais-je pour elle. Cela m'a remis en belle
humeur".
Aujourd'hui ce tableau est célèbre au point d'être devenu une "icône" et un symbole républicain. Mais quand il fut exposé pour la première fois en 1831 il reçut un accueil plutôt froid de la part
des critiques qui le jugèrent de mauvais goût. Le fait que la liberté soit représentée par une femme aux seins nus et les aspects réalistes (les cadavres, la saleté des combats) choquèrent une
partie du public. L'oeuvre fut achetée par l'Etat pour être exposée au musée royal, mais très vite le tableau fut considéré comme subversif et en 1839 Delacroix dut le reprendre. Ce n'est qu'en
1874 que "La liberté guidant le peuple" en entrant au Louvre fut définitivement exposée au public.
Mais je m'éclipse et laisse la parole à "Si l'art était conté" qui publie simultanément ce récit sur son
blog.
- Tu es un prétentieux
Eugène ! J’admets que tu es un grand peintre. De là à te représenter au premier plan un fusil à la main montant à l’assaut de cette barricade…
- Je n’avais pas de modèle sous la main. Et puis je me sens bien dans la peau de ce bourgeois fier et déterminé… Ne suis-je pas un enfant de la bourgeoisie
?
Le baron Louis-Auguste Schwiter s’avança vers la toile.
Eugène Delacroix sourit en regardant l’étrange allure de son ami. Perché sur des jambes de héron, celui-ci se dandine plus qu’il ne marche. Grand et mince, il
personnifie par sa mise élégante et son côté exquis le vrai gentleman anglais. Un dandy… Eugène l’apprécie. Il l’a déjà peint en pied campé dans une pose caricaturale, costume sombre, les mains
moulées dans des gants de vachette. La toile fut rejetée au Salon de 1827.
- La redingote, le haut-de-forme, la cravate soigneusement nouée… Et ce teint pâle, ces cheveux noirs, un regard de feu… Superbe ! Tu as de la chance Eugène, tu
es beau naturellement ! Une tête de prince, m’a dit récemment un ami en parlant de toi.
Delacroix éclata de rire.
Depuis qu’ils se connaissaient, Louis-Auguste enviait la finesse des traits d’Eugène. Il attirait les femmes comme des mouches dans les soirées mondaines.
- Vous, les artistes romantiques, cherchez à vous approprier ces Trois Glorieuses qui ont vu la mort de centaines d’hommes l’année dernière. Combien étiez-vous de romantiques sur les barricades ? Il n’y avait que des pauvres gens encadrés par de rares bourgeois comme celui que tu as peint… Même Victor Hugo est resté chez lui prétextant que sa femme accouchait !
- Et toi où étais-tu ? Comme les autres !…
Louis-Auguste effleura d’un doigt léger le beau profil du peintre sur la toile. Il se retourna vers lui, excité.
- Hugo a livré sa bataille à la première théâtrale d’Hernani l’année dernière. Tu t’en souviens ? Quel combat ! Je me suis colleté avec des classiques à coups de
poing et de bâton. C’était sanglant !
Les deux amis s’assirent face au tableau.
Louis-Auguste lança :
- Forcément, il doit son trône à la révolution ! Le gardera-t-il longtemps ? Il se définit comme un «roi citoyen ». J’en doute…
Un silence s’installa. Le tableau, immense, les impressionnait.
Tous ces jeunes hommes, pensa Delacroix en examinant son tableau ?
Les émeutiers avancent dans la lueur du soleil couchant en chantant la Marseillaise. La fumée des canons les enveloppe. Ils enjambent les soldats morts. L’un
d’entre eux, allongé, la bouche ouverte, a été dépouillé de son pantalon, de ses chaussettes et chaussures. Un gamin…
La revendication principale des parisiens a été la sauvegarde de la liberté de la presse. Les imprimeurs en colère ont jeté les premières pierres et des milliers d’ouvriers typographes sont
descendus dans la rue le 27 juillet 1830. Est-ce l’un d’entre eux cet homme en bretelles placé derrière le bourgeois ? Il lève un sabre et a glissé un pistolet dans son écharpe aux couleurs
de la révolution. Des ouvriers de tous métiers se sont joints à eux ne supportant plus la pauvreté et la faim. Quand les premiers coups de feu claquent, ils ne réfléchissent pas longtemps. Il
faut se battre. « A bas les tyrans !».
Les hommes se sont procurés des armes ou les ont prises sur des cadavres. Le 28 juillet, 5000 barricades sont dressées dans Paris. Elles sont confectionnées de barriques, de troncs d’arbres, de tables, tout ce que l’on peut trouver dans la rue. La population est au côté des insurgés. On leur offre à boire et des munitions. Des pavés sont jetés des fenêtres sur les soldats du roi.
Le 29 juillet, les révolutionnaires occupent tous les points stratégiques. La troupe n’est plus en mesure de réprimer le soulèvement et doit quitter la ville. Bientôt, le drapeau tricolore sera hissé sur les tours de Notre-Dame au son du tocsin.
Louis-Auguste s’exclama :
- Beau travail Eugène ! L’énergie farouche de cette Liberté aux seins nus agitant le drapeau pour entraîner ces hommes va en déranger certains au Salon ! Je ne
peux m’empêcher de penser à Géricault et son Radeau de la Méduse. L’homme, à la pointe du radeau, qui faisait des grands signes avec sa chemise rouge à un bateau dans le lointain. C’est la même
force évocatrice…

- J’ai souvent pensé à Géricault en peignant, dit Eugène, pensif. Il travailla comme un forcené pendant 18 mois pour peindre son Radeau. La toile était si grande
que personne ne fit attention à elle au Salon. Elle était trop voyante, et puis elle dérangeait… Il est mort trop tôt. Il aurait été le meilleur de nous tous.
Delacroix se recueillit un instant sur la pensée de son ami.
- Il m’avait demandé de poser comme modèle pour un des naufragés du Radeau au centre de la toile. La première fois que j’ai vu le tableau dans son atelier, je me suis sauvé le cœur battant en courant dans la rue. C’était un génie…
Le jeune baron se leva brusquement et se mit à marcher dans la grande pièce. Quelque chose le chagrinait. Il avançait les mains dans le dos, son buste frêle courbé en avant. Parfois, il se redressait, regardait la toile furtivement et repartait soucieux. Il s’approcha d’Eugène et lui envoya une bourrade amicale.
- Trinquons au romantisme, Eugène !
Il avala son verre d’un trait. Un éclair sombre passa sans ses yeux.
- Pauvres gens, dit-il d’un coup ! Savent-ils qu’ils se battent et souffrent pour rien. Ils ont renversé Charles X pour le remplacer par son cousin Louis-Philippe. La belle affaire… Que vont devenir leurs rêves de réformes, de progrès, d’égalité. L’autorité et l’ordre revenus, ils récolteront quelques médailles et leur vie misérable reprendra comme avant.
Louis-Auguste tourna son regard vers
le gamin aux pistolets.
- Ce jeune garçon à côté de la femme au drapeau… Tu as mis de la fougue, du plaisir, de l’envie dans son œil. Son père qui s’est battu dans la Grande Armée lui a conté ses exploits. Il s’enivre à son tour de l’odeur de la poudre. Il n’a pas peur. Peut-il se douter qu’il va mourir dans peu de temps ?
Eugène se taisait attristé par la mélancolie que son tableau inspirait à Louis. Celui-ci hésita à se resservir un verre de vin. Il finit par dire, fataliste :
- Eugène, une nouvelle fois, comme souvent dans notre histoire, c’est le petit peuple qui se bat mais c’est toujours les puissants qui gagnent !
Delacroix vint vers son ami et le prit par les épaules.
- Tu as raison Louis-Auguste. Mais ils espèrent…
Alain
Delacroix a retrouvé son ami Géricault au Louvre où leurs deux toiles sont exposées côte à côte dans l’aile Denon, Salle Mollien – Romantisme.
Eugène Delacroix: La liberté guidant le peuple 1831, 260 x 325 cm
Théodore Géricault: Le Radeau de la Méduse 1819, 491 x 716 cm
Photos: http://www.artchive.com/
