Le Louvre donne de temps à autre un « coup de projecteur » sur une œuvre a découvrir ou redécouvrir, c’est le cas du « dépôt du veau d’or de Byblos » exposé au rez-de-chaussée de l’aile Richelieu jusqu’au 8 janvier 2007.
Comme je devine que vous allez vous poser des questions, je vous explique ce qu’est un dépôt de fondation et vous rappelle l’histoire du veau d’or relatée dans la Bible.
Dans l’antiquité la fondation d’un édifice religieux s’accompagnait de rites tels que des sacrifices mais il était aussi d’usage d’y insérer une petite niche contenant des objets censés apporter une influence bénéfique. C’est ce qu’on appelle un dépôt de fondation. Les objets que vous voyez sur la photo sont en fait de très petite taille (quelques centimètres).
Quant au veau d’or, la Bible raconte que pendant que Moïse était partit sur le mont Sinaï pour recevoir les tables de la loi, les Hébreux, lassés de l’attendre se détournèrent du culte de Jéhovah pour adorer une idole. Un veau d’or qu’ils avaient fabriqué avec leurs bijoux. A son retour Moïse, en découvrant le culte de cette idole, entra dans une grande colère. Il fracassa alors la table des commandements contre un rocher estimant que son peuple n’en était pas digne. Plus tard Aaron, le frère de Moïse, expliqua qu'il avait créé le veau afin de satisfaire le désir des Hébreux pour un objet de culte visible, Moïse lui pardonna sa faute et l’éleva au rang de grand prêtre. Lui-même dut retourner sur la montagne pour graver les tables une seconde fois et mourut après les quarante années que le peuple d'Israël passa dans le désert, sans voir la terre promise.
Historiquement, le veau d’or du Louvre vient de Byblos, une ville côtière de Phénicie (l’actuel Liban) c’est le nom que lui avaient donné les Grecs car cette ville tirait sa richesse du commerce du papyrus, « bublos » en Grec. Dans cette région le dieu principal était Bâal, symbolisé par un taureau ou un veau, ce dieu était celui de la pluie et de la fertilité. Il est donc fort possible que ce culte ait séduit une partie des Hébreux installés dans la région. La condamnation biblique du culte des idoles est sans doute une réaction à l’influence du culte de Bâal sur une partie du peuple Hébreux.
J’ai visité en « avant première » l’exposition « Rembrandt dessinateur » qui se déroule du 20 octobre au 8 janvier 2007 dans le hall Napoléon. L’avantage que j’ai découvert dans les avants premières c’est que l’on peut enfin visiter une exposition sans se faire bousculer, un luxe appréciable !
Le peintre Harmenszoon Van Rijn dit « Rembrandt » fut aussi un dessinateur de talent. Le Louvre expose donc une soixantaine de dessins de l’artiste qui viennent des collections publiques françaises telles que l’école nationale des beaux-arts, les musées de Besançon et de Grenoble ainsi que quelques collections privées. Parmi ces dessins on peut voir des personnages, des études pour des tableaux, des croquis de scènes bibliques, des études d’animaux. L’invitation que j’avais reçue en tant qu’ « Ami du Louvre » était illustrée par un dessin de lion dont le cartel explicatif expliquait à juste titre que le détail le plus marquant de l’œuvre était le regard à la fois méfiant et féroce de l’animal.
J’ai aussi remarqué un dessin illustrant le fameux épisode de la vie de Saint Martin qui, soldat dans l’armée Romaine, partagea un soir son manteau avec un malheureux transi de froid, le dessin très dépouillé, exprime en quelques traits toute l’émotion de ce récit.
Aujourd’hui c’est vendredi 13, alors je vais vous raconter une histoire fantastique qui se passe au Louvre. Il s’agit d’une nouvelle intitulée « L’anneau de Thot » écrite par Arthur Conan Doyle. Elle fut publiée pour la première fois dans « The Cornill magazine » en janvier 1890 sous le titre « The ring of Thot ». C’est en passant dans les salles Egyptiennes dites du « musée Charles X » que le décor m’a rappelé cette histoire imaginée dans le Louvre de la fin du XIXe siècle.
L’histoire est celle d’un égyptologue Anglais – John Vansittart Smith – qui se rend au Louvre pour consulter les collections de papyrus un jour du mois d’octobre (j’ai bien choisi la date n’est ce pas ?). Arrivé à Paris il décide de se rendre directement au musée et l’auteur ajoute : « Au Louvre , il se sentait comme chez lui », cela vous rappelle quelqu’un ? C’est alors qu’il se rend compte que l’un des gardiens a une physionomie et une allure d’Egyptien, curieux il lui demande si tel est bien le cas mais le gardien de réponde « Non, monsieur. Je suis Français ». Etonné le savant s’assied pour noter le résultat de ses recherches, mais épuisé par son voyage il s’endort d’un sommeil profond sans être réveillé par les rondes des gardiens et la sonnerie annonçant la fermeture. En effet il s’était assis sur une chaise, placée dans un coin retiré, derrière une porte. Ce n’est qu’à une heure du matin que le savant se réveille. Un peu surpris au début il prend la situation avec amusement quand il aperçoit tout à coup une lanterne portée par le gardien qu’il avait remarqué. Ce n’était pas une ronde comme il le pensait, le gardien avait un air furtif, portait des chaussons de feutres et jetait autour de lui des regards inquiets. Intrigué l’égyptologue resta dissimulé dans son coin sombre. Le gardien alla à une vitrine qu’il ouvrit avec une clef, en sortie une momie et il commença a défaire les toiles d’embaumement à la fin c’est le corps d’une jeune femme qui apparut, le gardien l’enlaça et l’embrassa à plusieurs reprises en murmurant des mots dans une langue inconnue, puis il ouvrit une autre vitrine sortit plusieurs anneaux qu’il examina, pour choisir l’un d’entre eux serti d’un gros cristal c’est à ce moment que, voulant ramasser des objets, il découvrit la savant.
- Excusez moi ! a dit l’anglais avec toute la politesse imaginable. J’ai eu la malchance de m’endormir derrière la porte.
- Et vous m’avez surveillé ? Le savant l’ayant admis, le gardien répond :
- Vous l’avez échappé belle ! Si je vous avais découvert dix minutes plus tôt , je vous aurais ouvert le cœur. Quoique il en soit, si vous me touchez ou si vous me gênez de quelque manière que ce soit vous êtes un homme mort.
Plus tard le gardien l’invite dans sa loge et lui raconte son histoire. « Je suis, comme vous
l’avez deviné, un Egyptien (…) J’ai vu la lumière du jour sous le règne de Thoutmosis, seize cent ans avant la naissance du Christ. Vous reculez ? Attendez un peu, vous vous apercevrez bien vite que je suis plus à plaindre qu’à redouter ».
Sosra, car tel est son nom, raconte qu’il a été éduqué au temple d’Osiris, devenu un savant il découvre un jour une substance capable de prolonger la vie de plusieurs millénaires. Il confie ensuite son secret à un jeune prêtre de Thot qui avait gagné son amitié « J’avais réfléchi que j’aurais ainsi un compagnon qui aurait toujours le même âge que moi ». Un jour il aperçoit la fille du gouverneur de la ville et en tombe amoureux. La belle Atma partageant son amour il veut la convaincre de prendre la substance mais celle-ci hésite, la peste ayant fait son apparition elle meurt alors prématurément. Sosra, désespéré, reçoit alors la visite du prêtre de Thot qui lui apprend qu’il aimait lui aussi cette jeune fille, mais ayant poursuivi ses recherches il a découvert un poison plus puissant que la substance et lui apprend qu’il se trouve dans l’anneau de Thot et ajoute « Je vous laisse à votre sordide vie terrestre. Mes chaînes sont brisées. Il faut que je parte ! ». Sosra se lance alors dans des recherches pour découvrir le mystérieux poison mais en vain, puis l’Egypte est envahie par les Hyksôs il est emmené en esclavage puis réussi à s’enfuir et rentre en Egypte.
« A partir de cet instant j’ai renoncé à l’espoir de retrouver un jour l’anneau et de découvrir la drogue subtile. Je me suis mis à vivre aussi patiemment que je le pouvais en attendant que passe la vertu de l’élixir. Comment pouvez vous comprendre l’abomination du temps, vous qui ne connaissez que l’espace réduit qui va du berceau à la tombe ». Il voyage alors dans tous les pays du monde, apprends toutes les langues de la terre. A l’époque moderne il prend l’habitude de lire tout ce que les savants publient sur l’ancienne Egypte. Un jour il apprend que des archéologues ont fouillé un tombeau inviolé contenant la momie d’une jeune femme et en ouvrant le sarcophage ils ont découvert un grand anneau serti d’un cristal qui reposait sur son buste. C’était là que le prêtre de Thot avait caché le poison. La collection ayant été attribuée au Louvre, il s’embarque pour Paris et réussit à se faire embaucher comme gardien pour, la nuit venue, retrouver son Atma, boire le poison et la rejoindre. Son histoire terminée il salue le savant « Voici la porte. Elle ouvre sur la rue de Rivoli. Bonne nuit ! ».
L‘auteur de cette nouvelle, Arthur Conan Doyle, est le créateur du personnage de Sherlock Holmes. Hormis les quatre romans et cinquante six nouvelles consacrés à ce personnage, il écrivit aussi des romans historiques et des ouvrages sur le spiritisme.
Aujourd’hui je vous emmène dans un de ces « chemins de traverse » que j’affectionne, c'est-à-dire un endroit à l’écart de la foule. Ce sont les salles des sculptures de l’Europe du Nord à l’entresol de l’aile Denon. Pour y accéder, il faut emprunter un escalier un peu caché et là vous débouchez dans ces salles qui donnent sur la Cour Lefuel, fermée au public, dont je vous parlais la semaine dernière.
Vous pouvez y voir des sculptures dites du style gothique tardif qui se prolonge au XVIe siècle et jusqu'à la Réforme. Ces œuvres de l’Europe du Nord viennent de Grande-Bretagne, des Pays-bas, d’Allemagne et de Suisse. La douceur de l’expression de ces statues issues de retables et d’autels en bois sculptés reflète la foi chrétienne du temps, j’ai d’ailleurs remarqué que l’une des salles est appelée la « salle des belles madones ». Dans la salle suivante j’ai admiré la Sainte Marie-Madeleine, du sculpteur Grégor Erhart, nue et étonnement moderne. Cette statue, inspirée d’une gravure de Dürer est inspirée d’une légende : La pécheresse repentie, se retira dans la grotte de la Sainte-Baume seule, sans eau ni nourriture, vêtue de ses seuls cheveux. Priant Dieu pour se repentir, elle était tous les jours transportée au Paradis par des anges pour entendre un concert céleste.
Ce chef d’œuvre de la sculpture Souabe (une région allemande au sud ouest de la Bavière) est d’ailleurs surnommé, à juste titre, la « belle Allemande ».
