Je vous avais déjà parlé de la galerie tactile, le seul endroit du musée où le visiteur peut toucher les oeuvres. Cet endroit est d'abord destiné aux personnes malvoyantes ou aveugles mais tous ceux qui veulent toucher peuvent en
profiter, vous aussi peut être ?

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Une nouvelle oeuvre vient de s'installer dans la Grande Galerie, "David tuant Goliath" de Daniele da Volterra (1509 -1566). A première vous allez me dire "Oui, bon, encore un tableau et alors ?". En fait il s'agit d'une oeuvre recto verso ou "biface" peinte sur ardoise, donc pas tout à fait un tableau.
Vers 1550 une polémique agitait les milieux artistiques Italiens, entre la peinture et la sculpture quel était le meilleur art ? Volterra voulut démontrer la
supériorité de la peinture en peignant son oeuvre sur les deux faces d'une ardoise pour libérer la peinture des deux dimensions. Cette oeuvre fut ensuite offerte à Louis XIV et installée sur un
socle pivotant afin que le roi puisse contempler les deux faces sans bouger. Rangé à Versailles pendant la Révolution puis un peu oublié, "David tuant Goliath" est désormais installé au milieu de
la Grande Galerie du Louvre avec un socle spécial pour supporter ses 200 kilos. Je vous invite à de tourner autour et trouver les différences puisque le peintre n'a pas représenté exactement la
même scène de chaque côté. Regardez par exemple la position de la jambe de David et celle du bras de Goliath.
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David tuant Goliath côté recto |
David tuant Goliath côté verso |
Pour vous rafraîchir la mémoire cette histoire nous est contée par la Bible. Les Philistins, un peuple en guerre contre les Hébreux, leur lancèrent un défi. Ils proposaient de régler le sort de la guerre par un combat singulier, leur champion étant un géant du nom de Goliath. Du côté Hébreux c'est David, un jeune berger, qui releva le défi et tua son adversaire avec sa fronde. On voit que le tableau s'éloigne de la légende puisque c'est plutôt la représentation d'un "corps à corps". Enfin je précise qu'il ne s'agit pas d'une présentation temporaire, ce tableau restera définitivement au Louvre.

Pour Noël j'ai reçu en cadeau le "Le dictionnaire amoureux du Louvre" car on connaît dans mon entourage ma passion pour ce musée et l'existence de ce
blog. Cet ouvrage qui vient tout juste d'être publié est l'oeuvre de Pierre Rosenberg qui a travaillé au Louvre pendant près de quarante ans comme conservateur pour finir "en beauté" comme
Président-Directeur du musée.
Evidemment ce livre est pour moi comme une mine d'or, je n'ai pas encore tout lu ayant décidé de le déguster petit à petit comme on savourerait une boîte de
chocolats. C'est ainsi que cet expert donne l'origine du "couloir des poules" dont je vous avais entretenu. Il ne donne
pas d'explication définitive mais trois versions plausibles :
- ce couloir aurait été le logement du peintre Pieter Boel dit Boule
- un occupant y aurait effectivement élevé des poules
- dernière version, le couloir donnait sur la rue des Poulies aujourd'hui disparue.
Sans vous dévoiler tout ce livre de 958 pages, quelques petites curiosités grappillées au hasard : Le Louvre est payant depuis 1922, le mardi est jour de fermeture depuis 1946, et j'ai même
découvert une rubrique "W.C"....
Pour finir l'article "Réserves" nous rappelle qu'elles ne dissimulent pas des chefs d'oeuvres cachés "contrairement à une légende inlassablement entretenue par la
presse."
Si cela vous tente le dictionnaire amoureux du Louvre de Pierre Rosenberg est édité chez Plon.

En passant dans les salles de l'aile Denon consacrées à l'époque romaine, une stèle a attiré mon attention. il s'agit du "règlement des joueurs de cor de la IIIe
légion Augusta" qui date de l'an 202 de notre ère. En la regardant j'ai pensé au film "La dernière légion" inspiré du roman de
l'écrivain Italien Valério Manfredi. L'histoire part d'un fait historique réel, en l'an 476 le dernier empereur Romain, un jeune garçon du nom de Romulus Augustule, fut déposé par le chef des
Goths installé en Italie qui renvoya les insignes impériaux à Constantinople en échange de sa nomination par l'empereur d'Orient au titre de "Magister militum" de l'Occident. Ce fait marque la
fin "officielle" de l'empire Romain, mais à l'époque personne ne s'en aperçu car les barbares qui occupaient l'empire avaient préservé la civilisation romaine à la fois parce qu'ils l'admiraient
mais aussi pour se concilier les populations. Dans son roman, Valério Manfredi imagine que le jeune Romulus Augustule réussit à fuir avec un groupe de légionnaires restés fidèles et une jeune
femme nommée Livia jusqu'en Bretagne (l'actuelle Angleterre) où il devient le roi Pendragon, père du célèbre Arthur.
Mais revenons à notre stèle qui date d'une époque antérieure, quand l'empire romain était encore puissant grâce à ses légions. Cette stèle provient de la IIIe légion
Augusta qui était stationnée à Lambèse à l'est de l'Algérie à l'époque de l'empereur Septime Sévère. Une légion était une unité combattante d'environ 6.000
hommes, les historiens estiment que l'empire romain en comptait entre 25 et 30, soit un effectif de 150 à 180.000 hommes. La plupart des légions étaient stationnées aux frontières
de l'empire pour contenir les barbares ou empêcher les raids de pillards. A l'époque les légionnaires étaient des professionnels qui vivaient dans les camps et les villes de garnison où résidait
également leur famille. Durant le règne de l'empereur Septime Sévère, les militaires gradés en activité obtiennent le droit de former des "collegia", des associations à but religieux mais qui
sont aussi des sortes de caisses de secours mutuel. Les cotisants pouvaient ainsi toucher un pécule lors de leur départ en retraite, si ils mouraient pendant le service, les héritiers percevaient
une somme d'argent. En bref il s'agissait d'une sorte de sécurité sociale avant l'heure.
